Manifestation contre le gaz de schiste, devant un forage d'exploration à Jouarre, le 3 août 2013
Manifestation contre le gaz de schiste, devant un forage d'exploration à Jouarre, le 3 août 2013 - Pierre Andrieu AFP

Revoilà le gaz de schiste. Ce mercredi se tient la session du conseil de l’énergie UE/Etats-Unis à Bruxelles qui réunira le secrétaire d’Etat américain John Kerry, présent à Bruxelles pour une réunion de l’OTAN, la représentante de la diplomatie européenne Catherine Ashton, le commissaire à l’Energie Gunther Oettinger et Daniel Poneman, vice-ministre américain de l’Energie. Un atelier de réflexion pour envisager l’avenir de l’Europe sans dépendance au gaz russe. Un moyen également pour la Maison Blanche d’isoler Vladimir Poutine. Et une porte ouverte sur le gaz de schiste.

Obama entrebâille la porte du gaz de schiste

La crise ukrainienne a ouvert la question de la diversification de l’approvisionnement. Il paraît nécessaire de casser l’hégémonie du gaz russe pour l’Europe. Les Etats-Unis, si le traité de libre-échange euro-américain est conlu, pourraient donc faciliter leurs livraisons de gaz américain, principalement de schiste, sur le Vieux continent.

Mais, pour l’heure, le président américain n’a pas donné d’assurances à la Commission européenne, qui demande un meilleur accès au gaz de schiste américain. Car Obama est coincé aux Etats-Unis entre ceux qui veulent garder le gaz de schiste bon marché -pour favoriser la compétitivité du pays- et ceux qui veulent être libres de l’exporter.

Tout en reconnaissant le besoin de coordination, le président a rappelé aux Européens que c’était d’abord à eux de diversifier leurs ressources.

La France, le gaz à part

Mais dans l’Hexagone, la fracturation hydraulique, ou fracking, technique contestée d’exploitation du gaz de schiste, reste un sujet tabou. «En France, avec 15 % d’approvisionnement gaz et pétrole, la question ne se pose pas a priori, affirme l’économiste Thomas Porcher. De plus dans le cadre de notre transition énergétique, nous allons entrer dans une période de baisse de la demande plus qu’une diversification de l’offre.»

«Toute cette histoire avec Gazprom est un épouvantail. C’est juste une raison pour rouvrir le débat sur le gaz de schiste. Si demain les Russes coupent le robinet, et que nous remplaçons cette énergie par le gaz de schiste, il faudrait de toute façon au moins cinq ans avant d’en profiter», affirme l’économiste.

L’Allemagne en discussions avec le Canada

Pour d’autre pays européens en revanche comme la Pologne, dépendante à 80 %, la question du passage au schiste est déjà ouverte. «La Pologne a été le premier pays européen à réaliser une exploration et une extraction de gaz de schiste», rappelle Thomas Porcher.

En Allemagne, la crise en Ukraine va conduire à «une nouvelle manière de voir la politique énergétique», a dit la chancelière Angela Merkel. D’aucuns veulent voir dans cette phrase, prononcée en présence du Premier ministre canadien Stephen Harper, l’amorce d’un virage vers le gaz de schiste. «La crise ukrainienne entrouvre avant tout le débat sur l’efficacité énergétique, rappelle Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières de l'université Paris Dauphine. Le gaz de schiste n’est qu’un élément au centre de la question de la diversification.»

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