Peine de mort: «Rapporté à la population de chaque pays, l’Iran est le pays qui exécute le plus»

INTERVIEW Anne Denis, responsable de la commission Abolition peine de mort d’Amnesty International France, analyse pour «20 Minutes» les résultats du rapport annuel de l’ONG sur la peine de mort dans le monde...

Bérénice Dubuc

— 

Une chambre d'exécution du pénitencier de Huntsville, au Texas, aux États-Unis.

Une chambre d'exécution du pénitencier de Huntsville, au Texas, aux États-Unis. — Paul Buck AFP

Comme chaque année, Amnesty International publie ce jeudi son rapport annuel sur les condamnations à mort et les exécutions dans le monde. Sans compter la Chine, en 2013, au moins 778 personnes ont été exécutées dans 22 pays (les chiffres donnés par l’ONG sont toujours des minimas, il peut y avoir plus d’exécutions ou de condamnations par rapport aux chiffres officiels recensés), contre au moins 682 dans 21 pays l’année précédente. Une hausse de 15 % qu’analyse pour 20 Minutes Anne Denis, responsable de la commission Abolition peine de mort d’Amnesty International France.

Comment expliquez-vous cette augmentation?

Une tendance à la hausse en Iran et en Irak est observée depuis plusieurs années, et s’est renforcée cette année. La Chine est toujours le pays qui exécute le plus, même s’il est impossible d’en connaître la véritable ampleur car ces données sont classées secret d’État. Cependant, si l’on rapporte le nombre d’exécution à la population globale de chaque pays, on constate que c’est l’Iran qui est en tête.

Après l’élection du nouveau président, Hassan Rohani, en juin dernier, on aurait pu penser que le nombre d’exécutions baisserait, mais c’est l’inverse qui s’est passé. Le chiffre officiel s’établit à 369 exécutions en 2013 (contre au moins 314 en 2012), mais des sources fiables permettent de penser que 335 exécutions supplémentaires ont eu lieu (soit 704 contre 544 en 2012).

Et en Irak?

On a recensé une augmentation d’environ 30% par apport à l’année précédente (169 exécutions contre 129). Des mises à mort majoritairement liées à des accusations de terrorisme. Or, les attentats continuent de se multiplier, démontrant que la peine de mort n’est pas une façon efficace de lutter contre le terrorisme.

Quels sont les autres pays qui exécutent le plus leurs condamnés?

Le quatrième pays du classement est l’Arabie saoudite, qui reste constante dans le nombre d’exécutions -79 en 2013. Le cinquième pays, les Etats-Unis, a exécuté 39 prisonniers en 2013. Cependant, on observe des progrès, comme le changement de législation dans le Maryland, qui est devenu le dix-huitième Etat américain abolitionniste. De plus, Amnesty a relevé dans d’autres Etats (Oregon, Washington…) des projets de loi pour abolir la peine capitale ou mettre en place un moratoire.

Et ailleurs, la tendance vers l’abolition se confirme-t-elle?

A ce jour, 98 pays sont abolitionnistes en droit, 7 en droit commun, 35 en pratique (c’est-à-dire au moins dix ans sans exécution). Et si 22 pays ont procédé à des exécutions en 2013, soit un de plus qu’en 2012, c’est presque un quart de moins qu’il y a dix ans (en 2003, 28 pays avaient exécuté des prisonniers). Et, il y a vingt ans, 37 pays appliquaient activement la peine de mort. De plus, les pays qui ont continuellement exécuté leurs prisonniers depuis cinq ans ne sont que neuf (Bengladesh, Chine, Corée du Nord, Arabie saoudite, Iran, Irak, Soudan, Etats-Unis, Yémen), soit moins de 5 % des Etats de la planète.

On note aussi des progrès dans la législation de plusieurs pays. Ainsi, à Singapour, alors que la peine de mort était automatique pour certains crimes -comme par exemple la détention de plus de 30g d’héroïne-, une nouvelle loi a permis pour la première fois en 2013 de commuer des peines. En 2013, 32 pays dans le monde (contre 27 en 2012) ont ainsi gracié ou commué les peines de condamnés à mort.

Peine de mort : faits et chiffres de 2013 publié par Fil_actu