Condamnations à mort en Egypte: «Les autorités souhaitent faire un exemple»

INTERVIEW Pour le politologue et spécialiste du monde arabe Riadh Sidaoui, les récentes condamnations à mort massives sont la réponse, brutale, du régime pour tenter de stabiliser le pays...

Bérénice Dubuc

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Le tribunal d'Alexandrie, en Égypte, le 3 mars 2014.

Le tribunal d'Alexandrie, en Égypte, le 3 mars 2014. — AFP PHOTO/KHALED DESOUKI

EDIT du 28/04/2014: Le chef des Frères musulmans en Egypte Mohamed Badie a été condamné à mort en même temps que quelque 700 partisans présumés du président islamiste destitué Mohamed Morsi.

Un verdict sans précédent dans l’histoire égyptienne. Lundi, la justice a condamné à mort 529 partisans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué par l’armée, pour des violences commises durant l’été, à l’issue d’un procès expéditif sur fond de répression sanglante des islamistes en Egypte. Mardi, 683 autres partisans de Mohamed Morsi ont été jugés pour répondre de violences et connaîtront leur sort le 28 avril. Riadh Sidaoui, politologue et directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (Caraps), livre son analyse à 20 Minutes.

Que disent ces condamnations à mort massives du régime égyptien?

Qu’il est acculé. L’Etat égyptien est aujourd’hui dans une situation extrêmement précaire. Son économie est très fragilisée, et il ne peut supporter économiquement le terrorisme. Là où l’Algérie pouvait supporter ce coût grâce à sa manne pétrolière, l’Egypte se retrouve dans l’impossibilité de le faire, dans la mesure où son économie repose essentiellement sur le tourisme. Or cela fait trois ans que le pays a perdu ses touristes, son pétrole. Il ne peut pas se permettre de ne rien faire face à ça.

Les autorités ont donc choisi la fermeté…

Oui. La situation en Egypte aujourd’hui est très fragile, les germes du terrorisme sont semés, et le scénario algérien n’est pas loin. Les autorités et l’armée s’affolent, et ont choisi de réagir rapidement, de façon brutale, pour combattre le terrorisme et surtout stabiliser le pays. Elles souhaitent aujourd’hui faire un exemple pour intimider ceux qui menacent la stabilité de l’Etat.

Le verdict du 28 avril risque-t-il d’être aussi sévère?

On va voir si les autorités vont persévérer dans la même logique pour les prochains verdicts. Cela risque fort de continuer en ce sens, puisque les Frères musulmans sont considérés comme une organisation terroriste par le nouveau pouvoir. Il faudra aussi voir comment les autorités vont gérer les procès des figures politiques des Frères musulmans. Cependant, les problèmes politiques ne se résolvent pas par la justice ou par des exécutions, mais seulement de façon politique, par le dialogue. La porte des négociations doit toujours être ouverte. L’exemple de l’Algérie à la fin des années 90 l’a bien montré: après des années de combats et de violences, l’armée et les rebelles islamistes ont dû s’asseoir autour d’une table pour trouver une solution au problème, la réconciliation nationale.