Photo prise le 5 mars 2014 du navire de guerre polyvalent Mistral, construit à Saint-Nazaire, dont Paris envisage d'annuler la vente de deux exemplaires à la Russie dans le cadre d'un éventuel plan de rétorsion européen après le référendum en Crimée
Photo prise le 5 mars 2014 du navire de guerre polyvalent Mistral, construit à Saint-Nazaire, dont Paris envisage d'annuler la vente de deux exemplaires à la Russie dans le cadre d'un éventuel plan de rétorsion européen après le référendum en Crimée - Frank Perry AFP

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a déclaré lundi soir que la France «pourrait envisager» d'annuler la vente de deux navires Mistral à la Russie «si Poutine continue ce qu'il fait» en Ukraine. Les bâtiments de type Mistral sont des navires de guerre polyvalents pouvant transporter des hélicoptères, des chars, ou accueillir un état-major embarqué.

La livraison du Vladivostok est prévue en octobre 2014. Quant au deuxième navire, le Sébastopol (en référence au port de Crimée où trempe la flotte russe), il est toujours en construction en Loire-Atlantique.

Selon Laurent Fabius, l'éventuelle annulation du contrat Mistral «fait partie du troisième niveau des sanctions. Pour l'instant nous sommes au deuxième niveau», tout en soulignant que l'annulation du contrat Mistral serait aussi «négatif pour les Français».

Des enjeux commerciaux lourds financièrement

Le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine a estimé ce mardi que la France nuirait à sa réputation de partenaire «fiable» si elle décidait de renoncer à la vente à la Russie de navires militaires français Mistral. «Si la France impose des sanctions à la Russie et ne nous livre pas les navires Mistral, ce sera l'économie française qui en souffrira et pas la capacité de combat de la marine russe», a pour sa part déclaré le chef de la commission chargée de la Sécurité nationale de la Chambre publique Alexandre Kanchine. En cas d'annulation du contrat Mistral, la Russie commandera la construction de navires du même type à ses propres entreprises, a-t-il dit.

En 2011, la France a signé avec Moscou la vente de deux navires de projection et de commandement (BPC) de type Mistral, pour 1,2 milliard d'euros, dont plus de la moitié a déjà été versée par la Russie. L'arrêt du contrat se solderait par un manque à gagner pour les industriels. Par ailleurs, le dédommagement à la Russie pour dédit pourrait incomber aux contribuables français.

«Notre collègue ne sait-il pas combien de postes de travail ont été créés en France grâce à notre partenariat?», a par ailleurs demandé le vice-Premier ministre russe, visé par des sanctions décrétées lundi par les États-Unis.

Deux milliers d’emplois concernés

Ces deux chantiers représentent 1.000 emplois directs pendant quatre ans chez DCNS, e maître d'œuvre du contrat également en charge de l'intégration des systèmes de mission (à Toulon), et aux chantiers de l’Atlantique de STX. Sans oublier les milliers d'emplois induits chez les sous-traitants et dans le bassin d'emploi de Saint-Nazaire et à Toulon.

De plus, la signature du contrat avec la Russie en 2011 a permis aux chantiers STX de Saint-Nazaire de sortir la tête de l'eau après de graves difficultés et l'annonce d'un plan de départs volontaires en 2009.  Mardi, les syndicats de la société STX ont mis en garde l'État français contre les «conséquences» que l'éventuelle annulation du contrat pourrait avoir «sur l'emploi des salariés».

Du coup, le sujet est sensible à Saint-Nazaire. «Ce qui est envisagé, c'est la suspension de ces contrats», a déclaré mardi sur Europe 1 Laurent Fabius, interrogé sur l'inquiétude des salariés des chantiers navals.

«Aujourd'hui, le contrat avec la Russie se poursuit normalement, a toutefois indiqué mardi une source proche du dossier à l'AFP. Il n'y pas de signal de reprogrammation de travaux».

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