Centrafrique: Les ONG et la communauté internationale tentent de répondre à l’urgence humanitaire

MONDE Le ministre chargé du Développement, Pascal Canfin, se rend vendredi en Centrafrique  pour assurer le soutien de la France aux ONG…

Audrey Chauvet

— 

Des musulmans déplacés de Centrafrique, du Tchad et d'autres pays attendent à l'aéroport de Bangui le 6 février 2014

Des musulmans déplacés de Centrafrique, du Tchad et d'autres pays attendent à l'aéroport de Bangui le 6 février 2014 — Issouf Sanogo AFP

Trois mois après le début de l’intervention militaire française, l’Etat se reconstitue lentement en Centrafrique. Après l’élection de la présidente de transition en janvier dernier, les salaires des fonctionnaires ont pu être versés pour la première fois depuis six mois la semaine dernière. Pascal Canfin, ministre chargé du Développement, se rend vendredi en Centrafrique avec une délégation européenne pour soutenir les autorités centrafricaines et les ONG sur la route d’un retour à la normale.

Eviter une famine

Malgré la relance des administrations, la criminalité flambe dans le pays: «Il faut restaurer la chaîne pénale: police, justice et prisons, pour éviter l’impunité. Plus largement, nous souhaitons que l’Etat centrafricain puisse assurer les services publics de base, comme la police, la santé ou l’éducation. C’est cela qui rendra le pays autonome dans la durée», explique Pascal Canfin, qui signera au nom de la France des conventions avec des ONG pour soutenir leurs actions sur place. L’agriculture fait partie des priorités du ministre: «Le problème des semences est crucial: la saison des pluies va commencer et si on ne plante rien maintenant, il y a un risque de famine dans quelques mois. Il faut une mobilisation financière pour acheter les semences, assurer leur acheminement vers Bangui et ensuite les déployer dans le pays, même si nous risquons de nous heurter à l’insécurité en dehors de la capitale.»

L’aide humanitaire ne s’arrête toutefois pas aux frontières de la Centrafrique: les milliers de réfugiés rendent la situation compliquée également dans les pays voisins. «Le Programme alimentaire mondial (PAM) et le programme des Nations unies pour l’alimentation (FAO) sont en train d’évaluer les besoins en aide humanitaire au Tchad, où sont partis beaucoup de musulmans», poursuit Pascal Canfin. Une partie des 500 millions de dollars mobilisés par la communauté internationale (agences des Nations unies, Union européenne, Banque mondiale et plusieurs pays dont la France à hauteur de 10 % du total) iront aussi à l’aide aux réfugiés.

Restaurer l’Etat centrafricain

Bonaventure Wakana, directeur de l’ONG CARE Tchad qui travaille notamment dans cinq camps de réfugiés centrafricains, rappelle que le Tchad, aux ressources déjà limitées, a besoin d’assistance pour assurer les besoins élémentaires de réfugiés: «Il y a des besoins dans tous les domaines: abris, eau, alimentaire… Le Tchad fait face à une insécurité alimentaire chronique, un déficit de production déjà palpable et une pauvreté extrême, que l’afflux rapide de réfugiés centrafricains rend encore plus palpable.»

Quant à savoir quand les réfugiés pourront retourner dans leur pays, tout dépendra de la sécurisation et du retour à une situation pacifique en Centrafrique. Pascal Canfin espère qu’un «apport financier conséquent» pourra être débloqué en avril pour «permettre à l’Etat centrafricain de monter en puissance»: «Quand les forces françaises sont arrivées en décembre, le pays était, selon les Nations unies, dans une situation pré-génocidaire et l’Etat s’était effondré. Trois mois après, on a une présidente de transition qui assume ses responsabilités, un gouvernement, des canaux financiers qui commencent à se remettre en place. Nous sommes très attachés à tout ce qui peut concourir à restaurer l’ordre et la confiance dans les institutions centrafricaines.» Chez Care, on espère surtout que «le niveau de l’assistance sera réaligné sur les besoins de réfugiés qui seront là pour un séjour prolongé».