Des ouvrières du secteur textile travaillent dans une usine de Sihanoukville, au Cambodge, le 9 septembre 2009.
Des ouvrières du secteur textile travaillent dans une usine de Sihanoukville, au Cambodge, le 9 septembre 2009. - AFP PHOTO/TANG CHHIN SOTHY

Les conditions sociales des travailleurs du textile sont une fois de plus sur le devant de la scène. Après le drame d’avril dernier au Bangladesh, c’est au tour des ouvriers cambodgiens -ils sont 650.000, dont 400.000 au moins au sein de sous-traitants de grandes marques internationales comme Nike ou Gap- de se mobiliser. Des manifestations réprimées dans le sang par les autorités. Pour Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Ethique sur l’étiquette, c’est aux multinationales du textile d’obliger leurs filières et sous-traitants à être responsables en la matière.

Que se passe-t-il au Cambodge?

Les travailleurs du textile sont à nouveau mobilisés pour obtenir une augmentation du salaire minimum de 80 à 160 dollars (117 euros) par mois. Le gouvernement a promis de le porter à 95 dollars, mais c’est insuffisant. Il faut que ces ouvriers puissent obtenir un «salaire vital», qui leur permette de vivre et de satisfaire leurs droits fondamentaux (se nourrir, se loger…). Sans compter qu’ils travaillent dans des conditions très difficiles, sur des durées bien supérieures à celles préconisées par les instances internationales, et ne bénéficient pas d’autres revenus qui seraient issus d’un système redistributif, comme l’accès à la protection sociale.

Le drame de Dacca n’a donc rien changé aux conditions de travail dans ce secteur?

Grâce à la pression médiatique et citoyenne, les multinationales du textile ont signé un accord sur la sécurité des usines. Mais elles ne sont pas juridiquement responsables lorsque leurs filiales ou leurs sous-traitants violent les droits humains. Nous soutenons en ce sens la proposition de loi des députés Danielle Auroi (EELV) et Dominique Potier (PS) qui vise à mettre un terme à cette impunité. C’est le cœur du problème: tant que les multinationales resteront impunies pour les conséquences négatives de leurs activités, elles continueront à fonctionner de cette façon inacceptable.

Plus de sécurité signifie-t-il des prix plus élevés pour les consommateurs?

Certaines entreprises, comme H&M, ont annoncé qu'une augmentation des salaires de base des travailleurs allait la conduire à augmenter ses prix. Mais selon nous, ce n’est pas au consommateur d’absorber le surcoût généré par de bonnes conditions de travail. Les multinationales du textile, qui font des chiffres d’affaires et des bénéfices qui se comptent en milliards d’euros, doivent prélever sur leurs marges. C'est un arbitrage économique à mettre en perspective avec les contrats de sponsoring qu'elles signent avec des stars comme Beyoncé par exemple.

Les consommateurs se soucient-ils plus de ces problématiques?

Ils ont réellement pris conscience des conditions déplorables dans lesquelles sont fabriqués leurs vêtements, et s’élèvent contre ces pratiques. Mais cela ne se traduit pas forcément dans leur consommation. La crise les contraint à rechercher des prix bas. Et l’alternative «responsable» reste trop restrictive: l’offre n’est pas encore suffisamment transparente -il n’existe pas de label social par exemple- et il n’existe pas de cahier des charges qui permettrait au consommateur de s’y retrouver en la matière. Certaines démarches existent  -coton bio, vêtements équitables…-, mais elles restent de niche, donc ont un coût élevé.

Comment peuvent-ils agir alors?

Pour influencer les multinationales du textile, ils doivent dire haut et fort qu’ils refusent ce mode d’exploitation généralisée, via des pétitions, des mobilisations, ou encore l’interpellation directe des marques…

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