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On le disait ressuscité après l'extrême onction. Augusto Pinochet est finalement mort dimanche à Santiago (Chili) à l'âge de 91 ans. Une annonce faite par l'hôpital militaire où il avait été hospitalisé la semaine dernière après avoir été victime d'un infarctus du myocarde.

« Aucune feuille ne bouge dans ce pays si je ne la bouge moi-même, que cela soit clair », avait-il lancé un jour. Si Augusto Pinochet tentait de donner de lui ces dernières années l’image d’un vieil homme malade pour échapper à la justice, l’Histoire en retiendra surtout celle du dirigeant de l’un des régimes militaires les plus répressifs et les plus autoritaires d’Amérique latine. Celle aussi d’un des premiers dictateurs à avoir dû affronter la justice vers la fin de sa vie.


Loyauté
Né le 25 novembre 1915 à Valparaiso dans une famille modeste d’origine française, il entre à 18 ans à l’école militaire, après deux tentatives infructueuses. Il se marie en 1940 avec une Chilienne d’origine basque, Lucia Hiriat, avec laquelle il aura trois filles et deux garçons. Sept ans plus tard, le capitaine Pinochet dirige dans le nord du pays un camp où sont emprisonnés les dirigeants du parti communiste proscrit par le président Gabriel Gonzalez Videla.

En août 1973, le général Carlos Prats démissionne du commandement en chef de l’armée pour devenir le ministre de l’Intérieur du nouveau président de gauche Salvador Allende. Il recommande alors Pinochet comme successeur car celui-ci lui «a donné tant de preuves de sa loyauté». Une loyauté que Pinochet jure également à Allende mais qu’il ne respectera pas. A peine trois semaines plus tard, le 11 septembre 1973, il dirige le coup d’Etat qui entraîne le renversement et le suicide d’Allende.

L’heure de la répression et des réformes économiques

Sous prétexte de sauver le pays du «péril communiste», Pinochet procède à des exécutions massives d’opposants, fait emprisonner les dirigeants de gauche et pousse à l’exil des milliers de personnes. En 1980, il fait voter une Constitution dans laquelle il concentre tous les pouvoirs avant de se proclamer, un an plus tard, président pour huit ans. En 1990, la commission vérité et réconciliation établira que le régime Pinochet a tué 2279 personnes et arrêté 130.000 pour des raisons politiques.

A partir de 1983, il réprime violemment les manifestations qui réclament le retour de la démocratie. Alors que l’économie stagne et que l’inflation s’envole, il inaugure une période de restriction budgétaire et de réforme économique néo-libérale. Des mesures dont la classe moyenne chilienne a su profiter pour s’enrichir, permettant à Pinochet d’apparaître comme un héros aux yeux de certains.

De dictateur à sénateur à vie
La fin du règne sonne en 1988 lorsque Pinochet perd un référendum sur un nouveau mandat. Le non l’emporte avec 55,2% des voix après que l’opposition s’est unie contre lui. Le dictateur cède alors la place au chrétien-démocrate Patricio Aylwin. A partir de 1994, le militaire se fait discret tout en restant à la tête des forces armées et en se faisant élire sénateur en vie en mars 1998. Un poste qui lui assure, pense-t-il, l’immunité parlementaire.

Le temps des démêlés judiciaires

Mais le juge espagnol Baltasar Garzon passe outre en 1998 en l’assignant à domicile à Londres où l’ancien dictateur est venu se faire soigner. Pinochet y est retenu pendant un an et demi, poursuivi pour faits de torture, génocide et terrorisme. Libéré pour des raisons humanitaires, il rentre le 3 mars 2000 au Chili où il accueilli victorieusement par ses partisans.

Ses soucis judiciaires ne s’arrêtent pas pour autant puisqu’il est inculpé en décembre pour enlèvements et assassinats d’opposants. Estimant qu’une « démence légère » ne lui permet pas d’assurer sa défense, la Cour suprême chilienne classe l’affaire dite des « caravanes de la mort » en juillet 2002.

Plan Condor
Deux ans plus tard, la même juridiction lève son immunité dans le cadre de l’enquête sur le plan Condor qui visait entre 1974 et 1980 à éliminer les opposants aux régimes militaires sud-américains. Mais la procédure aboutit à la relaxe.

En décembre 2004 et en septembre 2005, la plus haute juridiction chilienne lui lève l’immunité pour l’assassinat du général Prats, ancien chef des armées à Buenos Aires en 1974, ainsi que pour l’exécution de 119 membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire dont les cadavres avaient été retrouvés en Argentine et au Brésil en 1975.

L’ancien dictateur affronte également des poursuites dans des affaires financières comme les comptes secrets de la banque Riggs aux Etats-Unis qui mettent en émoi l’opinion publique chilienne. En juin 2005, il est accusé de fraude fiscale, utilisation de faux passeports, fausses déclarations.

Testament
Les démêlés judiciaires se multiplient mais n’aboutissent jamais à un procès suite à ses soucis de santé, plus ou moins vérifiés, et aux cautions versées.

Le 25 novembre 2006, jour de son anniversaire, il présente une lettre publique dans laquelle il déclare finalement « assumer la responsabilité politique de ses actes ». Un testament final quelques jours avant de recevoir l’extrême onction à l’hôpital militaire de Santiago et disparaître officiellement non-coupable.

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