Afrique: François Hollande, condamné à la guerre?

DIPLOMATIE La France se retrouve encore en première ligne…

Matthieu Goar

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François Hollande le 2 décembre 2013 à la conférence «Innovation 2030»

François Hollande le 2 décembre 2013 à la conférence «Innovation 2030» — LEMOUTON-POOL/SIPA/SIPA

François Hollande s’en va (encore) en guerre. En 2013, le président socialiste  aura donc engagé deux fois les forces armées sur des conflits africains. Après l’opération Serval au Mali(toujours en cours), l’état-major français a déjà commencé à déployer 250 soldats français à Bangui, la capitale centrafricaine en proie à des violences. A terme, au moins 1.200 Français devraient participer à la pacification de cette ancienne colonie.

A l’Elysée où se réunit régulièrement un Conseil de Défense, Hollande suit les événements heure par heure. Attentif, le Président mesure à nouveau  l’importance de cette intervention africaine. Si la résolution adoptée par l’ONU précise bien que les forces tricolores sont en «appui» de la Misca, la force africaine dépassée par les événements, la France se retrouve encore une fois en première ligne. «Le point commun avec le Mali est qu’il y a urgence sur le terrain. La décision se fait rapidement mais si François Hollande y  va seul c’est qu’il ne peut pas faire autrement, il est poussé à le faire. Chaque président français, de gauche, de droite ou du centre, sera toujours rattrapé par l’Afrique», constate Antoine Glaser,  auteur de plusieurs ouvrages sur l'Afrique.

Un précédent problématique?

Au moment du Mali, l’Angleterre et l’Allemagne avaient apporté un très léger soutien logistique et un appui moral. Sur la Centrafrique, la France semble encore plus abandonnée par ses partenaires. L’UE a annoncé qu’elle participerait financièrement à l’opération mais aucune autre puissance occidentale n’a bougé. «La France n’a pas vocation à être le gendarme de l’Afrique. Elle intervient parce qu’il n’y avait pas d’autres solutions», justifie Pouria Amirshahi, député des Français de la zone Maghreb et Afrique de l’Ouest.

Seule puissance occidentale à avoir des bases en Afrique subsahariennes, la France, qui affirme vouloir tourner la page de la Françafrique mais recommence à parler de création d’emplois grâce aux partenariats économiques, est encore le recours militaire essentiel. L’Elysée répète que les Africains doivent être capables d’intervenir seuls grâce à une Force d’intervention rapide, une idée encore au programme du sommet France-Afrique qui s’ouvre vendredi à Paris. «Cette brigade d’intervention rapide n’est pas encore capable de remplir sa mission. Il y a des problèmes de formation, des rivalités entre chefs d’Etat. La France est logiquement en première ligne. C’est elle qui rédige et propose des résolutions aux Nations Unies. Même si c’est un anachronisme, les pays conservent leur pré carré. Même si les Anglais ne sont pas intervenus lors des violences post-électorales au Kenya qui ont fait 1.700 morts», analyse Glaser.

Le Mali a-t-il créé un précédent qui va amener la France de Hollande à devoir intervenir seule à chaque conflit en Afrique? Surtout que l’intervention Serval avait été justifiée par un aspect stratégique, le fait que Gao constituait un verrou à la déferlante islamiste. La Centrafrique, malgré les horreurs qui s’y déroulent, est un conflit politique et interethnique malheureusement courant. «Penser que la crise quasi-permanente de la Centrafrique trouverait une issue durable par la solution militaire serait une erreur», explique Amirshahi, conscient du danger d’une France trop interventionniste. «Ce serait très problématique si la France devait assumer à chaque fois le premier rôle militaire.»

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