«Bush acculé»

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Publié le 12 décembre 2006.

Revue de presse américaine et britannique au lendemain de la remise du rapport Baker sur l'Irak à la Maison Blanche

Revue de presse américaine et britannique au lendemain de la remise du rapport Baker sur l'Irak à la Maison Blanche

«La recette va-t-elle avoir son effet sur la Maison Blanche?», se demande le «New York Times» au lendemain de la remise à George W. Bush du rapport Baker sur l’Irak. «Les auteurs vont dans le sens de Bush en adoptant son langage et l’objectif de voir un Irak capable se gouverner seul, de tenir tout seul et de se défendre tout seul». Mais, note le journal, le but d’installer la démocratie dans ce pays est absent d’un document dont la «vraie cible est Bush». «Ce n’est donc pas une surprise que les parlementaires démocrates aient été plus prompts» que les républicains à adopter les recommandations de Baker bien qu’il «cherche à satisfaire et à déplaire un peu à chacune des deux parties».

Le «Washington Post» estime, lui, que le rapport «n’équivaut à rien de moins qu’une répudiation de l’approche diplomatique et militaire de l’administration Bush sur l’Irak et toute la région» moyen-orientale. Contrairement à l’approche «idéaliste» de la Maison Blanche qui souhaite convertir cette zone à la démocratie, les recommandations de Baker «sont issues de l’école réaliste de la diplomatie» puisqu’elles préconisent des négociations directes avec les deux bêtes noires du gouvernement américain que sont la Syrie et l’Iran.

Le «Post» note que le rapport «fourmille de détails accablants sur l’ineptie de l’administration à gérer l’Irak» comme, par exemple, le fait que seules six personnes sur mille à l’ambassade américaine savent parler anglais couramment.

Si le « Los Angeles Times » remarque que les co-auteurs du rapport - le républicain Baker et le démocrate Hamilton - «offrent à Bush un sentier sûr pour sortir de l’Irak», il souligne que le président a d’ores et déjà rejeté certaines des recommandations, «en répétant qu’il s’opposerait à des discussions inconditionnelles avec l’Iran et qu’il ne cherchait pas une voie de sortie honorable d’Irak».

Parallèlement, note le quotidien californien, «l’administration a opéré d’elle-même des révisions de sa politique – au Pentagone, au Département d’Etat et à la Maison Blanche – notamment pour ne pas donner l’impression que Bush attendait passivement que Baker et Hamilton lui disent comment agir».

Plus critique, le « Chicago Tribune » qui titre «L’éléphant accouche d’une souris», estime que les principales recommandations de la commission Baker-Hamilton «ont très peu de chance de réussir». Elles «fonctionneraient si la société irakienne allait dans le sens de la réconciliation. Le problème, c’est que le rapport ne fait aucune suggestion valable pour créer ou encourager cette situation», remarque-t-il.

A Londres, «The Independent» estime, au contraire, que ce rapport «bipartisan fournit la couverture politique nécessaire à Bush pour en finir avec son refus de changer de stratégie» et titre : «un président acculé». Le quotidien britannique en veut pour preuve les propos du nouveau ministre américain de la Défense, Robert Gates, qui a admis que les Etats-Unis n’étaient pas entrain de gagner la guerre en Irak.

«The Guardian» se concentre, lui, sur le voyage du Premier ministre Tony Blair aujourd’hui à Washington. «Blair devrait utiliser sa visite pour revenir à la maison avec le message selon lequel une solution en Irak doit faire partie d’une stratégie globale pour le Moyen-Orient», comme le préconise Baker, pronostique le journal de la gauche anglaise.

Une information que partage son confrère du «Times». Celui-ci cite des sources gouvernementales britanniques qui se réjouissent de l’insistance du rapport sur le besoin des Etats-Unis de s’engager plus activement dans le processus de paix régional.

Plus sombre, le «Daily Telegraph» souligne qu’un «brin de fatalité traverse tout le rapport, comme si le groupe pensait qu’il est déjà trop tard» pour agir en Irak. Dès la première ligne, Baker prévient ainsi qu’il «n’existe pas de formule magique». Quant au mot victoire, constate le journal, il n’est utilisé dans le rapport que trois fois. Et exclusivement pour souligner le danger que constituerait un succès d’Al-Qaida.

A.Sulzer
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