Des soldats français contrôlent l'entrée de l'aéroport de Bangui, en Centrafrique en août 2013. 
Des soldats français contrôlent l'entrée de l'aéroport de Bangui, en Centrafrique en août 2013.  - AP/SIPA

La semaine prochaine, le conseil de sécurité de l’ONU devrait donner son feu vert à une nouvelle opération extérieure de la France en République centrafricaine (RCA). Les 400 soldats français déjà déployés sur place devraient passer à «un millier», indiquent, volontairement très floues, les autorités françaises. Décryptage.

Que se passe-t-il exactement en RCA?

En mars dernier, la rébellion Séléka a renversé le pouvoir central. Ce mouvement, à majorité musulmane, est composé de Centrafricains musulmans originaires du Nord du pays, de janjawids soudanais, connus pour leurs exactions au Darfour, et de rebelles tchadiens. «Depuis quelques mois, la Séléka s’est atomisée. Il n’y a plus de chaînes de commandement mais une multitude de chefs de guerre locaux qui ont comme objectif la prédation des populations chrétiennes», explique une source sécuritaire française. Des éléments chrétiens anti-Séléka se sont constitués dans une logique d’autodéfense qui a viré en une logique de prédation contre les musulmans. «Ce n’est donc pas une énième rébellion qui renverse un dictateur. Mais une «spirale confessionnelle» qui s’est enclenchée.

S’agit-il d’un génocide?

«Le pays est au bord du génocide», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Le département d’Etat américain parle même de «situation prégénocidaire». Des termes forts alors que la RCA se trouve à proximité de la région des Grands Lacs et du Rwanda. Mais, selon une source militaire française haut placée, «aucun chiffre sur les massacres n’est fiable». Pays difficilement pénétrable en profondeur, les renseignements sont difficiles à obtenir. Seule certitude: la situation humanitaire est «catastrophique», d’une nature que la RCA, habituée aux crises, n’a jamais connue.

Pourquoi la France y va?

La France craint une «déstabilisation régionale» avec le risque d’un vide sécuritaire au cœur de trois zones stratégiques que sont le Soudan, les Grands Lacs et la zone sahélienne. Dans les esprits, le risque d’une implantation potentielle d’éléments terroristes islamistes et notamment de la secte nigériane Boko Haram, pourchassée au Nigeria. «La logique des fluides veut que s’il y a pression quelque part, il y a déplacement», explique à 20 Minutes une source militaire. Ce qui pourrait créer un nouveau sanctuaire terroriste. Pour l’heure cependant, il n’y a pas  de présence terroriste, assure la même source.

Est-ce un nouveau Mali?

C’est la question qui énerve au ministère de la Défense, qui réfute énergiquement tout parallèle avec l’opération Serval. Deux points essentiels sont mis en avant pour distinguer les deux situations. Au Mali, la France devait affronter des combattants équipés, commandés, prêts à mourir. En RCA, il s’agit de bandes armées qui agissent de façon anarchique. Autre point: au Mali, les djihadistes ne faisaient face à aucun soldat jusqu’à l’opération Serval. En RCA sont déjà déployés 2.500 soldats et policiers de la Micopax, une mission de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale qui passera en janvier sous supervision de l’Union africain sous le nom de Misca.

Que vont faire les soldats français?

Deux objectifs: «rétablir la sécurité dans le pays» avant de passer le relais sécuritaire à la Misca à la fin du premier semestre 2014, et «aider la Misca à monter en puissance opérationnelle» jusqu’à 3.600 à 4.000 hommes». En clair, aider à son déploiement logistique, conseiller les soldats africains dans leur chaîne de commandement et «rebooster», selon les termes utilisés en haut lieu, les soldats de la Misca. La France fait le pari, discutable, de leur capacité à maintenir l’ordre au bout de six mois. Mais si  les autorités insistent sur le rôle de «soutien» qu’aura avant tout la France, elles rappellent qu’il s’agit bel et bien d’une «opération militaire» quant à savoir si les soldats français pourraient être amenés à engager le feu. Quant aux détails opérationnels, ils sont pour l’heure confidentiels.

Combien ça va coûter?

Le déploiement complet de la Misca est évalué à 100 millions d’euros, dont 30 millions apportés par les Etats-Unis et 50 millions par les Européens. Pour trouver les 20 millions restants, Paris envisage une conférence des donateurs. Quant à l’opération extérieure française elle-même, la Défense se refuse à la chiffrer. L’opération Serval au Mali avait coûté fin novembre 600 millions d’euros.

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