Plus l'affaire avance et plus le mystère s'épaissit concernant la mort d'Alexandre Litvinenko. Dimanche, John Reid, le ministre de l'Intérieur britannique, a déclaré que l'enquête sur la mort de l'ancien espion à Londres pourrait prendre une ampleur européenne, assurant que les enquêteurs suivraient toutes les pistes. Pour l'instant, il semble que l'enquête ait conduit la police en Russie. Quatre officiers britanniques sont arrivés hier soir à Moscou. Ils devraient y rencontrer un ancien du FSB (ex-KGB) Mikhaïl Trepachkine, actuellement incarcéré pour divulgation de secrets d'Etat, qui aurait écrit à Litvinenko pour le prévenir que le FSB voulait le tuer.
Depuis le 23 novembre et la mort, lente et spectaculaire, d'Alexandre Litvinenko, un véritable jeu de piste politico-criminel s'est emparé de la Grande-Bretagne. C'est d'abord le procédé d'un empoisonnement par substances radioactives qui a frappé les esprits. Le fait qu'au lendemain de sa mort, Litvinenko accuse dans une lettre posthume le président russe, Vladimir Poutine, d'avoir voulu l'éliminer n'a fait qu'accroître le malaise. La découverte, deux jours plus tard, de traces radioactives dans trois avions de la British Airways, qui avaient effectué des rotations Londres-Moscou, a failli faire basculer le Royaume-Uni dans une véritable psychose. Enfin, depuis le mystérieux malaise d'un ancien Premier ministre de Boris Eltsine, Egor Gaïdar, et la découverte de substances radioactives sur l'énigmatique contact italien de Litvinenko, Mario Scaramella, tout le monde s'interroge sur les agissements des services de renseignements russes.
En toile de fond, c'est la nature du pouvoir exercé par Vladimir Poutine, lui-même ancien du FSB, qui suscite des interrogations. Le Kremlin a beau multiplier les dénégations, la succession d'assassinats, qui ont ensanglanté la Russie ces derniers mois, laisse planer le doute. L'élimination d'Anna Politkovskaïa le 7 octobre dernier, et celui du vice-président de la Banque centrale quelques semaines plus tôt, constituent une suite pour le moins troublante, qui pousse de nombreux opposants à pointer un doigt accusateur sur le Kremlin. A Moscou et dans certains cercles de spécialistes, on préfère néanmoins évoquer une lutte de clans déclenchée par la succession de Poutine, en 2008.
A. L.G.