Le Hezbollah et ses alliés envahissent Beyrouth

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Publié le 3 décembre 2006.

Le mouvement chiite a réussi à rassembler près d'un million de personnes pour exiger la démission du gouvernement. Un record...

Près d’un million et demi de personnes: le Hezbollah chiite et ses alliés ont battu tous les records d’affluence pour cette manifestation destinée à obtenir la chute du gouvernement de Fouad Siniora, soutenu par l'Occident. Dès la fin de matinée, tous les axes menant au cœur de Beyrouth ont été pris d’assaut.

Dans ce flux ininterrompu de voitures et d’autocars, les drapeaux ont annoncé la couleur: le Hezbollah (en jaune), les partisans du général Aoun -chef de l'opposition chrétienne- (en orange), les chiites d’Amal (en vert foncé), les chrétiens du parti Marada (en vert clair) et quelques drapeaux libanais. Lentement, cette foule bigarrée a convergé vers le Centre-ville de la capitale libanaise. A 15 heures, les deux places principales (celle des Martyrs et celle de Riad el-Solh) étaient archi-bondées.

«On a jamais vu ça au Liban!», s’exclame Monique, une aouniste de la première heure. Nous représentons la vraie majorité dans le pays. Nous voulons un Liban libre, débarrassé de toutes les tutelles, qu’elles soient syrienne ou occidentale.» Le mot d’ordre, craché sans discontinuer dans un massif dispositif sonore, est «Nous sommes la patrie».

Dans cette foule dense se croisent ainsi des grappes de femmes voilées de la tête aux pieds, d’innombrables adolescents, des jeunes filles tatouées et trop maquillées, des familles entières… Certains sont là pour l’après-midi, d’autres sont venus dans l’idée de rester. Car cette manifestation, organisée conjointement par le Hezbollah de Hassan Nasrallah, le Courant patriotique libre de Michel Aoun et le Amal de Nabih Berri, n’est pas qu’une opération coup de poing, elle va même se transformer en sit-in.


Dans la foule, des accents syriens, palestiniens...

«Nous avons apporté des chaises, des tentes, un petit moteur électrique pour regarder la télé, explique, euphorique, le jeune Hassan, un foulard jaune du Hezbollah autour du cou. Nous allons rester jusqu’à ce que Siniora démissionne.» Car le but affiché par l’opposition est, depuis plusieurs semaines, de faire tomber le gouvernement pro-occidental du Premier ministre Fouad Siniora. «Nous ne voulons plus de lui et de toute sa bande de corrompus. Ce sont eux qui ont profité de l’ère syrienne au Liban, pas nous», accuse Nada, une chrétienne du Nord du Liban.

Beaucoup avaient peur que cette manifestation ne dégénère. Mais à la tombée de la nuit, aucun incident n’était à déplorer, mis à part les tonnes de détritus éparpillés sur tout le centre ville. Partout, les membres du service d’ordre du Hezbollah veillent au grain, dirigeant la foule d’une poigne de fer. Une foule dans laquelle se sont distingués bien des accents, libanais, mais aussi palestiniens ou syriens…

Avec cette démonstration de force, le Hezbollah et ses alliés ont surtout démontré que deux Liban vivent l’un à côté de l’autre. Le bras de fer actuel avec le pouvoir vient donc d’entrer dans une nouvelle phase: celle du pourrissement. Suite au prochain épisode.
A Beyrouth, de notre correspondant David Hury
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