Claude Verlon et Ghislaine Dupont, les deux journalistes de RFI tués au Mali le 2 novembre 2013.
Claude Verlon et Ghislaine Dupont, les deux journalistes de RFI tués au Mali le 2 novembre 2013. - RFI / AFP

J. C. (avec AFP)

Baroudeuse dans l'âme, enquêtrice opiniâtre, Ghislaine Dupont, tuée samedi avec son confrère de RFI Claude Verlon dans le nord du Mali, était une journaliste chevronnée et une spécialiste de l'Afrique depuis plus de vingt-cinq ans. A 57 ans, elle était une «journaliste passionnée par son métier et par le continent africain qu'elle couvrait depuis son entrée à RFI en 1986», écrit dans un communiqué la direction de Radio France International.

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Pour son collègue de RFI, Nicolas Champeaux, «Ghislaine c'était une journaliste chevronnée, un chien renifleur qui ne se contentait jamais de l'info. Elle voulait toujours creuser, creuser plus et elle partageait cette passion avec nous et nous encourageait toujours à aller plus loin», a témoigné le journaliste sur les ondes de la radio internationale.

«Une des figures du service Afrique de RFI»

Pour Nathalie Amar, journaliste à RFI, «Ghislaine Dupont était l'une des figures du service Afrique de RFI». A la fois reporter, enquêtrice et fine analyste politique, elle était devenue en septembre dernier conseillère éditoriale de la rédaction. A RFI, elle avait rapidement fait le choix de couvrir l'actualité du continent africain. De Djibouti au conflit Ethiopie-Erythrée, c'est ensuite à la République démocratique du Congo (RDC) qu'elle avait consacré plus de dix ans de carrière.

«Sa pugnacité et son discours sans complaisance lui avaient valu d'être expulsée de Kinshasa avant le premier tour de l'élection présidentielle de 2006, rappelle Nathalie Amar sur les ondes de RFI. Que ce soit à propos de la Côte d'Ivoire ou du Mali, Ghislaine Dupont a toujours insisté pour donner la parole à toutes les parties.»

Dans l'ex-Zaïre, devenu le Congo des Kabila, elle n'avait eu de cesse d'interroger le pouvoir, de dénoncer corruption et tentatives de fraude électorale. Les auditeurs congolais l'adoraient, l'appelaient parfois «Maman Ghislaine», le pouvoir s'en méfiait, Mobutu lui avait conseillé de ne jamais revenir, le régime de Joseph Kabila l'a expulsée, a raconté une de ses consoeurs.

«Avec les compliments de la police congolaise», lui avait dit, tout sourire, le responsable des Renseignements lui remettant son billet d'avion, en présence du consul de France et d'une journaliste de l'AFP, lui signifiant qu'elle, spécialiste de cette région depuis des années, ne couvrirait pas les scrutins de 2006, premières élections libres organisées en plus de 40 ans dans l'ex-Zaïre.

Marie-Christine Saragosse, présidente de France Médias Monde sur le plateau de France 24 a souligné la tristesse et la rage des collègues des deux journalistes assassinés.

Déjà présente au Nord-Mali en juillet

Surnommée affectueusement Gigi au sein de la rédaction de RFI, Ghislaine Dupont «était un exemple pour beaucoup de ses confrères et suscitait l'admiration au sein de la rédaction. C'était la personne vers qui beaucoup se tournait pour des conseils ou réfléchir ensemble à la couverture de l'actualité», selon Nathalie Amar.

Elle était partie au Nord-Mali fin juillet à l'occasion du premier tour de la présidentielle malienne et avait choisi Kidal, une destination difficile. C'est déjà en compagnie de Claude Verlon, technicien et ami, qu'elle avait effectué cette première mission malienne. Elle avait aussi couvert le référendum sur l'indépendance du Sud-Soudan.

Claude Verlon n'était «pas du tout tête brûlée»

Claude Verlon, de son côté, était un technicien très expérimenté qui «aimait par dessus tout le terrain», excité par les défis mais «pas du tout tête brûlée». Ce technicien de reportage de 58 ans, employé par Radio France International (RFI) depuis 1982, était «un homme de terrain chevronné, habitué des terrains difficiles dans le monde entier», indique la direction de la radio dans un communiqué.

Pour le journaliste de RFI Nicolas Champeaux, parti en mission plusieurs fois avec lui, «Claude Verlon n'était pas une tête brulée, ce qui l'intéressait c'était le défi, plus c'était compliqué techniquement, plus ça l'excitait. Je suis parti plusieurs fois en mission avec lui en Libye, en Ethiopie. A quelques minutes d'un direct, on se disait: “Ça ne va pas être possible”. Et Claude, lui, nous disait: ”Non, non je vais réussir à ouvrir la valise satellite à temps".»

Un des responsables du service reportage à RFI

Pour Laurent Chaffard, autre journaliste à RFI, «Claude Verlon était un vrai reporter qui aimait les défis, toujours volontaire pour partir dans les coins les plus chauds, Afghanistan, Libye, Irak et l'Afrique qu'il aimait passionnément. Il vérifiait tout, faisait de multiples essais la veille d'une émission» car il avait la hantise d'une coupure à l'antenne lors d'un direct à cause d'une faute technique, indique encore le journaliste sur les ondes de RFI.

Ce «grand professionnel» qui avait gardé un côté juvénile, de taille moyenne et mince, se renseignait avant chaque mission sur la situation du pays en question et dans les situations tendues restait «extrêmement prudent». Il était devenu l'un des responsables du service reportage technique de RFI. Pour un autre journaliste, Claude Verlon était un «bagarreur» et un «fan de motos» qui était «toujours partant» pour les missions difficiles.