Les dépouilles des nazis, ces encombrants fardeaux

MONDE – Que sont devenues les dépouilles des anciens nazis et comment éviter que leur tombe, s’ils en ont une, attirent leurs sympathisants? «20 Minutes» s’est penché sur la question au moment où, en Italie, les restes de l’ancien dignitaire nazi Erich Priebke attendent de connaître leur sort...

Faustine Vincent

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Le portrait d'Adolf Hitler, colorisé par l'artiste danois Mads Madsen.

Le portrait d'Adolf Hitler, colorisé par l'artiste danois Mads Madsen. — CB2/ZOB/WENN.COM/SIPA

En Italie, l’histoire de la dépouille de l’ancien responsable nazi Erich Priebke devient rocambolesque. Personne n’en veut. Six jours après la mort de l’ancien capitaine SS, ni le lieu de son éventuelle crémation ni de sa sépulture n'ont été pour le moment fixés. En attendant, le corps se trouvait ce jeudi sur l’aéroport militaire de Pratica di Mare, au sud de Rome.

Cette affaire rappelle combien le sort des dépouilles des anciens nazis est une question délicate. Comment éviter que leur tombe, s’ils en ont une, ne devienne un lieu de pèlerinage pour néo-nazis? Ce qu’a enduré pendant des années la commune de Wunsiedel, en Bavière (sud de l’Allemagne), fait figure de repoussoir. L’ancien bras-droit de Hitler, Rudolf Hess, y avait été enterré après son suicide en prison en 1987. Depuis, sa tombe attirait chaque année, le jour anniversaire de sa mort, jusqu’à plusieurs milliers de néo-nazis. N’en pouvant plus, la municipalité a fini par y mettre un terme en 2011 en exhumant les restes de l’ancien nazi –incinérés par ses descendants- et en faisant détruire la tombe.

Corps incinérés ou enterrés anonymement

C’est pour éviter ce type de rassemblements que les corps de nombreux anciens hauts responsables nazis ont été incinérés. Ceux d’Adolf Eichmann, responsable logistique de la «Solution finale», de Martin Bormann, ex-secrétaire particulier de Hitler, de Hermann Goering, ancien commandant en chef de la Luftwaffe, et de Joseph Goebbels, chef de la propagande nazie, l’ont tous été. Leurs cendres ont été répandues dans la mer.

Parfois, les corps ont été inhumés anonymement. Heinrich Himmler, ancien chef de la Gestapo qui s’est suicidé en 1945, a été enterré dans une tombe anonyme quelque part dans la lande de Luneburg, en Basse Saxe. Anton Gecas, un autre ancien responsable SS réfugié en Ecosse, a quant à lui été enterré sous un faux nom dans un cimetière d’Edimbourg. «Sa famille l’avait demandé: elle avait peur que des Juifs manifestent lors des funérailles», raconte à 20 Minutes Efraïm Zuroff, directeur du centre Simon-Wiesenthal à Jérusalem, et auteur de Chasseur de nazis (Ed. Michel Lafont).

Le mystère Hitler

Quant à Hitler, qui s’est suicidé dans son bunker en 1945, nul ne sait où se trouve sa dépouille, déterrée par les Soviétiques puis déplacée plusieurs fois -certains disent qu’elle se trouve à Moscou, une hypothèse controversée.

«Il imaginait qu’il serait dans une sorte de sarcophage géant –que même après la mort il serait toujours là, physiquement. La défaite l’en a empêché», a expliqué l’historien Laurence Rees à la BBC. Le mystère demeure également pour les criminels exécutés après leur procès à Nuremberg. «Où sont-ils? On ne sait pas», affirme le directeur du centre Simon-Wiesenthal.

Après la mort des plus hauts dignitaires nazis, les obsèques des derniers criminels SS ont toutefois posé moins de problèmes. «Les suivants étaient inconnus du grand public et impliqués à un plus petit niveau dans la Solution finale. Donc dans la plupart des cas, cela s’est passé normalement: les gens ont été enterrés dans leur pays comme n’importe qui d’autre», explique Efraïm Zuroff.

Le corps d’Erich Priebke, lui, attend toujours sa patrie d’accueil.

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