Alors qu’un juge français poursuit le président rwandais pour son implication dans le génocide de 1994, Kigali a rompu vendredi ses relations diplomatiques avec Paris
Rien ne va plus entre Paris et Kigali. Le Rwanda a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec la France, a confirmé vendredi le ministère français des Affaires étrangères, après l'annonce par Kigali de l'expulsion de l'ambassadeur de France et sa demande de la fermeture de l'ambassade de France. «Cette décision prend effet le lundi 27 novembre», a précisé le ministère. «Nous regrettons cette décision. Nous prenons toutes les dispositions nécessaires», conclut un bref communiqué.
A l’origine de ce coup de froid: les poursuites réclamées par le juge Jean-Louis Bruguière contre le président rwandais Paul Kagame et neuf de ses proches. Le juge présume que le président Kagame est impliqué dans l'attentat en 1994 contre l'un de ses prédécesseurs, Juvénal Habyarimana, dont la mort marqua le point de départ du génocide au Rwanda.
Dans son ordonnance, Bruguière recommande des poursuites contre le président Kagame devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), pour sa "participation présumée" à l'attentat contre l'avion présidentiel le 6 avril 1994.
Quelque 25.000 personnes ont manifesté jeudi après-midi à Kigali contre la volonté du juge de poursuivre leur Président et pour dénoncer le rôle joué selon eux par la France pendant le génocide de 1994.
Les relations franco-rwandaises restent lourdement marquées par le souvenir du soutien français au régime de l'ancien président Habyarimana, un hutu, et le génocide qui avait suivi sa disparition, faisant, selon l'ONU, 800.000 morts, essentiellement des Tutsis.
Les autorités rwandaises accusent régulièrement la France d'avoir entraîné et armé les auteurs du génocide avant les massacres. Paris a toujours démenti toute implication dans les massacres.