Le siège de la CIA (Central Information Agency), à Langley, en Virginie.
Le siège de la CIA (Central Information Agency), à Langley, en Virginie. - S.LOEB/AFP

Même exilé en Russie, Edward Snowden continue d'être une épine dans le pied de l'administration Obama. Publiés jeudi, des documents qu'il a fournis au Washington Post il y a plusieurs semaines détaillent le budget et les priorités du renseignement américain. Le quotidien a publié 43 des 178 pages à sa disposition, expliquant avoir censuré des aspects sensibles.Voici les 10 points à retenir.

1. Un budget de 52,6 milliards de dollars

Soit 1,4% du budget annuel américain. Il s'agit uniquement de la part consacrée au renseignement, qui a doublé depuis 2004. Le budget de la défense se monte, lui, à 673 milliards de dollars. Seize agences travaillent à la collecte d'informations. Les mieux financées: la CIA (14,7 milliards de dollars), la NSA (10,8 milliards) et le National Reconnaissance Office, qui gère la flotte de satellites espions (10,3 milliards).

2. 107.035 employés

Parmi eux, 83.675 civils, 23.400 militaires et 21.800 sous-traitants (comme l'était Edward Snowden). La CIA, à elle seule, emploie un quart des civils. Plus de 35.000 personnes travaillent dans le domaine de la cryptographie, principalement à la NSA.

3. Cinq priorités

Deux missions couvrent plus de 65% du budget: avertir les leaders américains d'événements critiques (instabilité géopolitique, économique ou sociale) et lutter contre le terrorisme. Les trois autres axes prioritaires: lutter contre la prolifération d'armes illégales, conduire des cyber-opérations et se défendre contre l'espionnage étranger.

4. Une équipe de 600 hackers d'élite à la NSA

Ils font partie de la division «Tailored Access Operations», ou TAO («opérations d'accès sur-mesure). Ils sont basés au QG de la NSA, à Fort Meade, dans le Maryland, dans des bureaux «ultramodernes». Ils travaillent en équipe, 24h/24. Selon des sources du site Foreign Policy, ils ont réussi «à pénétrer avec succès» des ordinateurs et des réseaux officiels chinois depuis plus de 15 ans. John Bumgarner, un ancien de la CIA, expliquait à 20 Minutes que toutes les nations pratiquent à différents degrés le cyber-espionnage. Avec l'aide de la CIA, les hackers de TOA pourraient avoir mis au point le ver informatique Stuxnet, qui avait fait surchauffer les centrifugeuses iraniennes, mais les documents n'apportent pas de preuve.

5. Le gouvernement achète la collaboration des acteurs Web

La loi oblige les câblo-opérateurs et les acteurs Web à répondre aux demandes gouvernementales en matière de collecte d'informations (et parfois à se taire). Selon les documents, il existe également une incitation financière, via un budget de 278 millions de dollars, en 2013, pour couvrir l'installation de matériel de surveillance, et parfois un peu plus. Certaines entreprises, dont Apple, Google et Facebook, affirment ne pas toucher de contreparties; d'autres bottent en touche. La NSA collecte tellement de données, notamment au niveau des dorsales principales du Net, qu'elle a mis en place un programme de recherche pour «traiter le surplus d'informations».

 

6. Des progrès «révolutionnaires» en cryptanalyse

Il ne s'agit que d'une phrase, non détaillée. Mais le patron de la NSA se félicite des progrès «révolutionnaires» de l'agence du côté de ses capacités de cryptanalyse pour «déjouer la cryptographie de nos adversaires et décoder le trafic Internet (crypté, ndr)». Une piqûre de rappel alors que de nombreuses entreprises, dont Facebook, utilisent encore des clés de cryptage 1.024 bits dépassées.

7. La traque de Ben Laden détaillée

Les satellites espions ont collecté 387 images haute-résolution et infrarouge du complexe d'Abbottabad où se terrait Ben Laden, des mois avant le raid. De son côté, la NSA avait mis en place un groupe spécialisé dans l'installation de logiciels espions pour intercepter des communications électroniques et téléphoniques de cadres d'Al-Qaïda. Un échange particulier, combiné à d'autres informations, a conduit à Abbottabad.

8. Des drones équipés de capteurs biométriques

«La CIA a déployé des capteurs biométriques capables de confirmer l'identité et la localisation d'agents d'Al-Qaïda», écrit le Post. Selon le journal, ce système a été embarqué dans des drones pour des exécutions ciblées.

9. Un manque d'informations sur la Corée du nord et le Pakistan

Les documents listent 50 «angles morts» du renseignement. Les principaux: les programmes nucléaires nord-coréen et pakistanais. Washington surveille Pyongyang de près avec de nombreux gadgets (satellites, instruments de mesure d'activité sismique etc.). La flotte aérienne chinoise inquiète, tout comme la menace d'armes chimique et biologique, notamment du côté des pays de l'ex-Union soviétique. En Syrie, les Etats-Unis ont réussi à intercepter des communications cryptées entre des officiels du régime d'Assad.

10. La menace du terrorisme intérieur

La communauté du renseignement juge ce risque particulièrement élevé, comme l'a montré l'attentat de Boston. Des équipes du Centre national du contre-terrorisme surveillent les forums djihadistes et des experts tentent de détecter des signes avant coureurs. Ils cherchent à mieux comprendre le chaînon manquant entre l’extrémisme religieux et le passage à l'acte des loups solitaires.

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