Shirin Ebadi, l’autre visage de l’Iran

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Publié le 20 novembre 2006.

Prix Nobel de la paix en 2003, l'avocate était à Paris la semaine dernière pour une série de conférences

Dans sa biographie*, elle se souvient  avec émotion de cette pancarte brandie par une mère et son enfant, «L’Iran, c’est toi». Tout juste récompensée par le prix Nobel de la paix, en 2003, Shirin Ebadi venait de rentrer à Téhéran, où des milliers de personnes en liesse l’attendaient à sa sortie de l’aéroport, persuadées sans doute qu’avec cette récompense décernée à l’une des avocates les plus courageuse du pays, la justice et les droits de l’homme retrouveraient leur légitimité. Peine perdue. Depuis 2003, l’Iran est resté le pays des arrestations arbitraires et des procès iniques.

En visite à Paris la semaine dernière pour une série de conférences, Shirin Ebadi est revenue sur le cas d’Abdolfattah Soltani, avocat emprisonné depuis le 30 juillet 2005 pour avoir défendu le journaliste Akbar Ganji. Aujourd’hui, c’est elle qui suit son dossier.
Et demain, c’est elle qui pourrait se retrouver derrière les barreaux. « La liberté d’expression est à ce point réduite en Iran que lorsqu’un avocat défend un opposant politique, on considère qu’il défend aussi les idées de son client », déplore-t-elle. Shirin Ebadi a d’ailleurs déjà fait les frais de ce pouvoir autocrate. En 2000, elle fut incarcérée trois semaines durant à Evin, prison de sinistre réputation. Elle avait simplement voulu plaider en faveur de l’un des étudiants tués par la police lors des révoltes de 1999.

On pourrait croire le contraire, mais Shirin Ebadi n’est pas une opposante de la première heure. En 1979, alors jeune magistrate, elle a cru aux idéaux de la révolution islamique. Celle-ci n’avait pas encore le visage sévère de l’ayatollah Ruhollah Khomeini. Elle signifiait surtout la fin du règne monarchique incarné par le shah.

Aujourd’hui, alors que le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, se dit « prêt à accomplir le dernier pas dans l’affaire nucléaire », Shirin Ebadi parle de «nécessaire transparence ». « En Iran, les décisions se prennent toujours à huis clos. Or le reste du monde, comme les Iraniens, attend plus d’ouverture. »

Armelle Le Goff

*Iranienne et libre, Mon combat pour la justice (éd. La Découverte)

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