Les habitants de Zurich ont pu visiter les «sexboxes» installées dans leur ville et qui seront opérationnelles dès le lundi 26 août 2013.
Les habitants de Zurich ont pu visiter les «sexboxes» installées dans leur ville et qui seront opérationnelles dès le lundi 26 août 2013. - FABRICE COFFRINI/AFP

J. C. (avec AFP)

Une nouveauté qui va peut-être ébranler le monde de la prostitution. La ville de Zurich s'apprête à ouvrir lundi un drive-in du sexe, une première en Suisse, espérant reprendre le contrôle de la prostitution en la déplaçant hors du centre ville. Une journée porte-ouverte ce samedi visait à présenter le projet des autorités municipales de mise à la disposition des prostituées d'un site comprenant neuf «sexboxes», sorte de garages pour accueillir leurs clients.

«En gros, la prostitution, c’est du business»

Situé à Altstetten, dans un ancien quartier industriel à l'ouest de la ville, le site sera uniquement accessible aux automobilistes qui devront impérativement être seul à bord de leur véhicule pour passer la grille. Les autorités zurichoises se sont inspirées de dispositifs similaires en Allemagne, pour tenter de désengorger le quartier de Sihlquai, à quelques encablures de la gare, où les travailleuses du sexe affluent chaque soir, au grand dam des riverains.

«En gros, la prostitution c'est du business. Nous ne pouvons pas l'interdire, alors nous voulons la contrôler à la faveur des travailleuses du sexe et de la population, a expliqué Michael Herzig, le directeur des services sociaux chargé des questions de prostitution à Zurich. Parce que si nous ne la contrôlons pas le crime organisé prend le dessus.»

Les autorités locales admettent n'avoir aucune garantie que le site trouvera son public mais n'ont pas ménagé leurs efforts pour convaincre les prostituées d'y venir.

Des «sexboxes» équipées d’un bouton d’alarme

«Ici, elles restent sur place et peuvent rapidement retourner se poster pour traiter avec un autre client», a souligné Ursula Kocher, directrice de Flora Dora, une association de soutien pour les prostituées. En ville, les clients emmènent régulièrement les travailleuses du sexe en forêt ou hors de l'agglomération les mettant régulièrement dans des situations dangereuses, a-t-elle noté.

Le drive-in du sexe, au contraire, leur assure un environnement sûr, a plaidé Ursula Kocher, rappelant qu'en cas de danger chaque «sexbox» est équipé d'un bouton d'alarme pour appeler le service de sécurité. Les services sociaux sont également là quotidiennement pour les épauler, leur proposant autant du soutien psychologique que des conseils de santé, voire des cours d'allemand.

Une partie non-négligeable des violences vient en effet de malentendus entre clients et prostituées, alors qu'à Zurich de nombreuses prostituées sont des Roms originaires de Hongrie ne parlant que des rudiments d'allemand.

Des doutes du côté des prostituées

Mais plusieurs prostituées ont émis des réserves, interrogées par le tabloïd 20Minuten, jugeant que le site étroitement contrôlé risquait d'intimider leurs clients. Alors que certaines se disent prêtes à faire un essai, d'autres ne cachent pas qu'elles changeront simplement de quartier chaud optant pour le nord-ouest de Zurich.

Les «sexboxes» avaient été approuvées par les habitants de la métropole, plus grande ville de la Confédération et grand centre financier, par un referendum local avec 52,6% des voix en mars 2012. Le projet avait fait l'objet d'un vaste consensus au niveau des partis politiques, seule l'Union Démocratique du Centre (UDC), le parti à l'origine du referendum sur les minarets, ayant fait campagne contre l'initiative.

Un coût de 1,6 million d’euros

Malgré le verdict des urnes, Sven Oliver Dogwiler, un élu local UDC, reste dubitatif: «Cela ne va pas fonctionner soit parce que les clients des prostituées ne viendront pas soit parce que le site ne sera pas utilisé par les prostituées. Cela revient à le déplacer vers un endroit plus propre mais en le subventionnant avec des impôts.» Les travaux ont coûté 2,1 millions de francs suisses (1,6 million d'euros) et ses coûts de fonctionnement devraient s'élever à environ 700.000 francs suisses par an.

Les Zurichois venus inspecter samedi comment leurs deniers avaient été dépensés semblaient plutôt enthousiastes. «C'est une bonne initiative (...) Je ne pense pas que cela va amener plus de criminalité dans le quartier. Bien au contraire, les choses ont l'air d'être sous contrôle», a-t-elle jugé.