«Policier cannibale»: Qui sont les cannibales?

MONDE Atteints d’une perversion proche de la très grande folie, les cannibales veulent «jouir sexuellement d’un objet qui se dérobe habituellement toujours» aux sujets humains, selon la psychiatre Marie-Laure Susini...

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Gilberto Valle, surnommé le «policier cannibale» par la presse américaine, est accusé d'avoir voulu enlever des femmes pour les manger.

Gilberto Valle, surnommé le «policier cannibale» par la presse américaine, est accusé d'avoir voulu enlever des femmes pour les manger. — AP / SIPA

Il va être fixé sur son sort. Gilberto Valle, policier new-yorkais de 28 ans qui rêvait d'enlever des femmes pour les manger mais n'était jamais passé à l'acte, va connaître ce mercredi sa sentence. L’homme a été reconnu coupable à la mi-mars de complot d'enlèvement. Il risque la réclusion à perpétuité. Habitué d'un site spécialisé, où il détaillait ses fantasmes et sollicitait avis et conseils auprès d'autres internautes, Valle avait élaboré une liste très précise de ses victimes potentielles, ce qui fait de lui une «personne sadique» prête à passer à l'acte, selon le procureur Randall Jackson.

Pour le Dr Gérard Rossinelli, président de l'Association nationale des psychiatres experts judiciaires (Anpej), «les cannibales sont des personnes gravement malades, dont la structure de personnalité relève de la psychose ou de la perversion. Cela ne dépend pas de facteurs environnementaux mais de quelque chose dans la construction de l’identité de l’individu, qui connaît au minimum de profondes distorsions relationnelles.»

«Jouir sexuellement d’un objet qui se dérobe habituellement toujours à nous»

«Les cannibales sont atteints d’une perversion gravissime, proche de la très grande folie», abonde Marie-Laure Susini, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste et auteure de L’Auteur du crime pervers (Fayard, 2004). La psychiatre souligne qu’il n’est pas question ici de cannibalisme rituel, qui consiste à s’approprier un trait de caractère d’une personne considérée comme idéale, mais d’un comportement «totalement asocial». «Il s’agit vraiment de jouir sexuellement d’un objet qui se dérobe habituellement toujours à nous.»

Celle qui a suivi Issei Sagawa -l’étudiant japonais qui a tué et dévoré une de ses camarades de promo à l’université de la Sorbonne à Paris en 1981-, lors de son séjour dans l’unité pour malades dangereux de l’hôpital de Villejuif, explique qu’«avant l’apparition du langage, l’enfant ressent l’autre comme pouvant le dévorer, comme il le fait -partiellement- avec le sein de sa mère, puis ensuite le refoulement met à distance l’objet de sa pulsion. L’image du désir est alors agrémentée par l’objet, comme un sein ou la voix. On est attiré par cet objet, mais on n’en jouit pas. Quelques personnes sont fabriquées de telle sorte qu’il n’y a pas ce refoulement: le cannibale n’est pas suffisamment coupé de sa jouissance primitive.»

De plus, souligne la spécialiste, le cannibale, comme tous les grands pervers, «met en scène un scénario, un film d’horreur à grand spectacle». «Il s’arrange pour être découvert, car ce qui complète l’acte est de montrer à autrui la puissance de l’objet pulsionné, d’exhiber l’objet de la jouissance.» Issei Sagawa était ainsi très fier de son acte, et avait agi en France car il pensait être condamné à mort, ce qui faisait partie intégrante de son fantasme. «Un acte de jouissance effréné est toujours complété par la recherche de la mort, par la volonté d’être vu comme un condamné à mort. C’est à ce prix que ces sujets restent humains.»

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