Le système de refroidissement des serveurs à l'intérieur d'un data center de Google.
Le système de refroidissement des serveurs à l'intérieur d'un data center de Google. - C.ZHOU/GOOGLE/20MINUTES

avec AFP

Big Brother, bis repetita. L'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) et le FBI ont accès aux serveurs de neuf géants américains de l'internet, dont Microsoft, Yahoo!, Google et Facebook, pour y surveiller les activités d'étrangers, ont révélé le Washington Post et le Guardian jeudi.

Un ancien employé du renseignement a notamment fourni au Post une présentation PowerPoint décrivant le partenariat entre l'agence d'espionnage NSA et les sociétés internet. Le programme secret, au nom de code «PRISM», est en place depuis 2007 et permet à la NSA de se connecter aux serveurs des entreprises, via un portail, pour consulter des informations sur des utilisateurs dont il existerait des éléments permettant de penser «raisonnablement» qu'ils sont à l'étranger, le tout sans ordonnance de justice.

Surveillance en temps réel de tout matériel publié en ligne

La loi américaine protège ses citoyens d'une surveillance faite sans ordonnance, mais les personnes hors du territoire ne bénéficient pas de cette protection et peuvent être espionnées en toute légalité.

Selon le journal, «les analystes qui utilisent le système sur un portail internet à Fort Meade (une base militaire près de Washington, ndlr) doivent entrer des mots-clé de recherche, de façon à ce que la probabilité que la cible soit étrangère dépasse 51%».

Skype, AOL, YouTube, Apple et PalTalk (très utilisé lors du Printemps arabe) participeraient également au système, et la plate-forme d'hébergement de fichiers Dropbox devrait être ajoutée prochainement. Selon le Guardian, la NSA peut consulter «courriers électroniques, photos, vidéos, chats, transferts de fichiers, détails des réseaux sociaux, et plus». Les communications par Skype peuvent être espionnées en direct.

Pas de «porte cachée», jurent les entreprises

Google a déclaré dans un communiqué aux deux quotidiens qu'il faisait «très attention à la sécurité des données de (ses) utilisateurs». «Nous ne divulguons de données à l'Etat fédéral qu'en accord avec la loi, et nous examinons ces demandes avec attention», dit-il. «Des personnes affirment que nous avons créé une ''porte d'entrée cachée'' pour l'Etat dans nos systèmes, mais» ce n'est pas le cas, poursuit-il. Microsoft, Facebook et tous les autres ont tenu le même discours, jurant ne pas participer à PRISM. Mais selon certains observateurs, les démentis sont sans valeur car la NSA n'aurait jamais communiqué le nom de son programme.

Cet espionnage a été permis par une loi votée pendant le mandat de George W. Bush, et renouvelée et promulguée par Barack Obama en décembre 2012, malgré l'inquiétude d'élus face à cette carte blanche donnée à la NSA. «Une expérience directe de ces systèmes et un sentiment d'horreur face à ses possibilités a poussé un officier du renseignement à fournir la présentation PowerPoint sur PRISM et d'autres documents au Washington Post pour révéler ce qu'il estime être une intrusion choquante dans la vie privée», écrit le Washington Post. «Ils peuvent vraiment voir vos idées se former au fur et à mesure que vous les tapez», a confié cet officier au journal.

Ces révélations suivent celles du quotidien britannique sur un autre programme conduit par la NSA, grâce auquel l'agence d'espionnage recueille la totalité des relevés téléphoniques des abonnés américains.