Le nouveau chef de file de la gauche italienne pour les législatives du printemps 2013, Pierluigi Bersani, lors de son vote pour le deuxième tour de la primaire du Parti démocrate, dimanche 2 décembre à Piacenza.
Le nouveau chef de file de la gauche italienne pour les législatives du printemps 2013, Pierluigi Bersani, lors de son vote pour le deuxième tour de la primaire du Parti démocrate, dimanche 2 décembre à Piacenza. - Antonio Calanni/AP/SIPA

Avec Reuters

L'ampleur du vote protestataire aux élections de dimanche et lundi risque fort de plonger l'Italie dans une impasse politique, aucune alliance ne semblant assez forte pour former un gouvernement stable.

Après une année d'austérité, plus de la moitié des électeurs se sont ralliés aux plates-formes anti-européennes de Silvio Berlusconi et de Beppe Grillo. Sur la base d'un décompte quasi définitif, le centre gauche de Pier Luigi Bersani était crédité de 125.000 voix d'avance sur le centre droit à la Chambre des députés et la prime au gagnant lui garantit une majorité confortable. Il est également arrivé en tête des sénatoriales, mais reste en-deçà de la majorité, y compris avec l'appoint des élus fidèles au centriste Mario Monti, président du Conseil sortant largement désavoué.

Dans la mesure ou les deux chambres disposent des mêmes prérogatives, le centre gauche aurait donc besoin du Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo ou du centre droit de Silvio Berlusconi pour faire passer ses réformes, ce qui semble exclu. Si aucun accord n'est conclu, de nouvelles élections pourraient être nécessaires.

«La pire issue possible»

Les marchés et les partenaires européens de l'Italie, avides de stabilité, craignaient un tel scénario pour la troisième économie d'une zone euro confrontée à la crise de la dette, au chômage et à la récession. «Il s'agit de la pire issue possible du point de vue des marchés. De nouvelles élections semblent inévitables», a commenté Alessandro Tentori, de la compagnie financière Citigroup.

Ce vote de protestation est aussi un camouflet pour le président du Conseil sortant, l'ancien commissaire européen Mario Monti, dont l'alliance centriste n'arrive qu'en quatrième position, loin derrière le populiste Beppe Grillo, qui a axé sa campagne sur la dénonciation des «élites» pro-européennes et d'une classe politique «corrompue».

Ce scrutin marque aussi une forte déconvenue pour Pier Luigi Bersani, qui était donné grand favori à la fin de l'an dernier, avec une avance de plus de dix points sur Silvio Berlusconi. Le chef de file du Parti démocrate a renoncé à la conférence de presse prévue dans la soirée quand l'issue du scrutin s'est dessinée clairement. Enrico Letta, numéro deux du mouvement, et Mario Monti ont tous deux plaidé pour la formation d'une «grande coalition» afin d'éviter un retour aux urnes, mais la tâche pourrait bien être hors de portée.

A 76 ans, Silvio Berlusconi fait quant à lui un étonnant retour, alors que ses adversaires l'avaient pratiquement enterré fin 2011, quand le technocrate Mario Monti l'avait remplacé au palais Chigi. Son alliance de centre droit réunit le Peuple de la liberté (PDL), son parti, et les fédéralistes de la Ligue du Nord.

A la Chambre des députés, la maigre avance du centre gauche de Bersani est suffisante car la formation ou l'alliance arrivée en tête au palais de Montecitorio se voit automatiquement attribuer une majorité de 340 des 630 sièges de députés.

«Situation ingérable»

Au Sénat, où 158 sièges sont nécessaires pour disposer d'une majorité, les choses sont différentes. Après dépouillement de 99,9% des voix, le centre gauche était crédité de 121 sièges, les amis de Silvio Berlusconi en obtenaient 117, ceux de Beppe Grillo 54 et les centristes emmenés par Mario Monti 22 seulement. A la Chambre haute, la loi électorale en vigueur depuis 2005 prévoit également une prime au vainqueur, mais sur une base régionale. Les 315 sièges sont attribués région par région en fonction du poids démographique.

«Nous nous dirigeons vers une situation ingérable, un pays ingouvernable», a déploré Mario Secchi, l'un des candidats de l'alliance centriste de Mario Monti. Même constat pour Stefano Fassina, économiste du centre gauche: «Il ne pourra pas y avoir de gouvernement stable et nous devrons revoter», a-t-il dit.

Enrico Letta a quant à lui estimé que la formation arrivée en tête à la Chambre des députés devait tenter de former un gouvernement. «Quel que soit le vainqueur, celui-ci a la responsabilité de faire les premières propositions au chef de l'Etat» Giorgio Napolitano, a-t-il dit. «Un retour aux urnes se semble pas aujourd'hui la meilleure option à suivre», a-t-il ajouté.

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