Otages au Cameroun: «Il est vraiment temps de savoir à qui on parle»

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Publié le 22 février 2013.

NEGOCIATIONS – L’ancien négociateur du Raid Christophe Caupenne explique à «20 Minutes» comment se gère une prise d’otages de ressortissants français à l’étranger…

La France compte 15 ressortissants otages dans des pays étrangers. Parmi eux, depuis mardi, quatre enfants retenus avec leurs parents et leur oncle à la frontière du Cameroun et du Nigéria. Christophe Caupenne, ancien chef du groupe «Gestion de crise et négociation» du Raid, désormais dirigeant du cabinet de conseil et coaching «Caupenne Conseil», a expliqué à 20 Minutes comment interviennent les négociateurs dans le cadre d’une prise d’otages à l’étranger.

A quel moment le ou les négociateurs entrent en actions?

L’intervention d’un négociateur n’est pas systématique. C’est un mandat particulier du Quai d’Orsay. C’est donc le ministère des Affaires étrangères qui décident si un négociateur est nécessaire. Sur un théâtre de guerre, ce sont des membres des forces spéciales, formés à la négociation qui sont envoyés.

Dans le cas du Cameroun, ce peut être n’importe quel négociateur. Tant qu’on ne sait pas qui est à l’origine de la prise d’otage, on ne sait pas quel type de négociateur envoyer. En ce moment, l’aspect militaire est certainement privilégié. Mais il est vraiment temps de savoir à qui on parle car entre un terroriste et un bandit, cela n’a rien à voir.

La présence d’enfants parmi les otages change-t-elle la donne?

Quand il n’y a que des adultes, il peut y avoir des actions «de vive force», c’est-à-dire des assauts, avec un part de risque importante. Pas quand il y a des enfants.

Pourtant les forces de police nigérianes ont annoncé ce vendredi une «chasse à l’homme» pour retrouver les preneurs d’otages…

Ils sont souverains dans leur pays. En règle générale, les autorités locales sont bienveillantes vis-à-vis de l’aide qu’on peut leur apporter. Mais elles peuvent décider de gérer la situation seules, comme l’Algérie lors de la prise d’otages d’In Amenas. C’est une source d’inquiétude supplémentaire, surtout quand il y a des chances de peut-être récupérer les otages vivants.

Comment gère-t-on la médiatisation de ces prises d'otages, et les prises de parole, parfois intempestive, des politiques?

En général, on préfère garder les informations secrètes pour éviter que les preneurs d’otages apprennent ce que l’ont sait. Mais on peut avoir de nombreuses raisons de vouloir communiquer: rendre officielles les déclarations qu’on a pu faire aux familles des otages en privé, délivrer des informations aux ravisseurs…

Et vis-à-vis des familles des otages, qui sont parfois très critiques ou qui cherchent à intervenir?

Il y a toujours beaucoup de respect et d’indulgence. Ça perturbe parfois les négociations mais on comprend leur action. Au niveau psychologique, c’est très dur d’attendre. Il peut y avoir un besoin de se réapproprier l’action.

Propos recueillis par Isabelle Raynaud
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