Photo des quatre otages français toujours retenus en otage par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) au Sahel, diffusée le 27 avril 2011.
Photo des quatre otages français toujours retenus en otage par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) au Sahel, diffusée le 27 avril 2011. - AL-ANDALUS / AFP

Corentin Chauvel avec Reuters

C’est une question qui revient à chaque libération d’otages: une rançon a-t-elle été payée? Les cinq otages français au Sahel, enlevés en septembre 2010, n’ont pas encore tous été libérés - il en reste encore quatre -, mais environ 17 millions de dollars (environ 12,7 millions d’euros) auraient été versés, en vain, selon Vicki Huddleston, une ancienne ambassadrice américaine au Mali, citée par I-Télé.

Contrairement à d’autres pays comme l’Espagne ou l’Italie, cette pratique a toujours été refusée officiellement par la France. Vicki Huddleston a précisé que cet argent avait été versé indirectement, passant par «les mains du gouvernement malien» avant de se retrouver en partie chez les ravisseurs d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).

Plusieurs rumeurs de rançons

«Quand les gouvernements nient avoir payé des rançons, tout le monde sait que de l'argent passe de main en main et par différents intermédiaires et que cela termine dans la trésorerie, pouvons-nous dire, d'Aqmi et que cela leur permet d'acheter des armes et de recruter», a ajouté Vicki Huddleston. Contacté par 20 Minutes, un expert du terrorisme estime que, s’il ne peut avoir un avis tranché sur les propos de l’ex-diplomate américaine, il ne «croit pas» que la France ne verse jamais aucune rançon.

Une rançon, pour rien, avait été évoquée lors de la détention d’Ingrid Betancourt en Colombie. «Officiellement, il n'y a pas eu de rançon. Mais bien sûr, ce n'était pas pour des chocolats», avait indiqué pour sa part à la BBC en juillet 2011 le journaliste Hervé Ghesquière, otage pendant 18 mois en Afghanistan, au sujet de sa libération. S’il avait précisé ne pas avoir de preuve, le journaliste français avait évoqué une rançon composée d’argent et d’un échange de prisonniers. Dans le cas précis des otages au Sahel, une source proche de la médiation avait indiqué à l’AFP qu’une rançon avait également été payée pour obtenir la libération, réussie, de trois des otages d’Aqmi dont une Française, un Togolais et un Malgache.

«Il n’y a pas de condition financière qui puisse être évoquée»

Si les faits sont antérieurs à la présidence de François Hollande, le gouvernement a fait bloc contre les informations de Vicki Huddleston ce vendredi. Le chef de l’Etat a déclaré n’avoir «aucune information» sur «la période antérieure» et n’avoir «aucun commentaire à faire». «Il n’y a pas de condition financière qui puisse être évoquée» en ce qui concerne les négociations menées sous sa présidence, a-t-il ajouté. Au Quai d’Orsay, joint par 20 Minutes, «aucun commentaire à faire» non plus.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a lui aussi botté en touche: «Je ne commenterai pas cette soi-disant information, d'autant que, s'agissant de nos ressortissants actuellement détenus en otages dans le Sahel, il faut faire preuve de beaucoup de sang-froid, beaucoup d'esprit de responsabilité parce que le gouvernement avec le président de la République n'ont qu'un objectif, c'est d'obtenir leur libération.»

C’est Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée de mai 2007 à février 2011 et ministre de l'Intérieur jusqu'à mai 2012, qui a réagi au nom du précédent gouvernement de Nicolas Sarkozy. «Je maintiens que la France, l'Etat français, n'a jamais payé pour la libération d'otages», a-t-il déclaré sur I-Télé, reconnaissant que d’autres gouvernements étrangers avaient pu procéder à des versements de rançons. Mais la France a toujours tenu sa ligne de conduite, selon Claude Guéant.

Aqmi veut 90 millions d’euros

Dans une interview donnée à 20 Minutes en avril 2011, Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse-II, allait dans le sens du gouvernement, expliquant que si une rançon doit être donnée, «c’est rarement par les gouvernements car c’est très compliqué pour eux d’agir, ils n’ont pas d’argent consacré à cela». «Dans d’autres pays, tels que l’Espagne, c’est l’employeur ou l’organisation de rattachement des otages qui s’en charge», ajoutait-il.

Plusieurs fois depuis le début l’enlèvement des Français, en septembre 2010, Aqmi a réclamé la somme de 90 millions d’euros pour libérer les otages français. La France a toujours officiellement refusé. Selon Vicki Huddleston, ce sont 89 millions de dollars (environ 66 millions d’euros) qui auraient pourtant déjà été versés entre 2004 et 2011 par les Européens dans leur ensemble pour obtenir des libérations d’otages en Afrique. «C'est le chiffre dont j'ai entendu parler et que j'ai vu écrit noir sur blanc», a-t-elle affirmé.