Scène de la vie quotidienne à Bamako, capitale du Mali, le 21 janvier 2013.
Scène de la vie quotidienne à Bamako, capitale du Mali, le 21 janvier 2013. - E. FEFERBERG / AFP

Propos recueillis par Maud Pierron

Député des Français de l’étranger (Maghreb et Afrique de l’Ouest dont le Mali, la Mauritanie, la Libye) et secrétaire de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Pouria Amirshahi est allé à la rencontre des Français du Mali. Avant une conférence de presse, il rend compte à 20Minutes de son expérience.

Pouvez-vous nous décrire la communauté française au Mali?
Au Mali, il y a entre 6.000 et 6.500 européens dont près de 5.000 Français, dont beaucoup de bi-nationaux. Ils vivent pour l’immense majorité à Bamako. Depuis le putsch de mars 2012, une consigne - une doctrine consulaire de la France - avait été donnée aux Français qui vivaient dans d’autres villes maliennes de se rapatrier vers Bamako. Au Mali, et en Afrique en général, les Français sont en majorité des résidents et non des expatriés. Il y a beaucoup de commerçants, d’enseignants, d’entrepreneurs. Ce n’est pas la cliché du retraité qui se la coule douce au soleil.

Vous avez rencontré des Français au Mali dans quel état d’esprit sont-ils?
La réunion était détendue même si on parle de choses graves et importantes. Les gens vivent globalement normalement à Bamako même s’il y a de la tension. Mais dans un coin de leur tête, il y a toujours l’idée qu’ils sont une cible potentielle car Français.  Il y a une vigilance permanente de la part de nos compatriotes. Mais la France n’est pas seule, son action est soutenue par tous les pays, et ça rassure.

Quelles sont les mesures prises pour rassurer ou protéger les Français du Mali?
Il y a d’abord les mesures de sécurité qui s’appliquent à tous, maliens ou étrangers: des fouilles avant d’entrer dans les bâtiments publics, des barrages sur les routes. Le dispositif policier a été renforcé dans la ville.  Pour les Français, il y a par exemple des travaux de sécurisation dans les écoles, qui sont donc pour l’instant fermées. Mais il y a un dispositif de soutien pour que les élèves suivent des cours par internet. Comme partout ailleurs dans le monde, à Bamako, la communauté française est organisé en îlots, et il y a donc des chefs d’îlots qui sont les référents pour nos compatriotes, s’il y a des questions ou des préoccupations.  Nous avons tenu une réunion pour justement coordonner les procédures d’alerte avec les chefs d’ îlots. Par ailleurs, le consulat envoie des SMS lorsqu’il y a des informations urgentes à faire passer, ou des courriels.

Que vous ont dit les Maliens que vous avez rencontré?
Il y a de la gratitude massive et visible pour l’action des Français, beaucoup de soulagement avec la rapidité de l’action qui efface la déroute de leur armée. Mais il ne faut pas se reposer sur l’idée que la présence des militaires français règle tout. C’est aux Maliens de reconstruire leur pays.  Lorsque j’ai rencontré des élus maliens, je leur ai dit qu’ils devaient s’interroger sur leur propre responsabilité sur la situation actuelle, car s’il ne le font pas, cela posera des problèmes au Mali dans l’après conflit.

Votre circonscription est très particulière. Comment considérez-vous votre rôle?
Dans l’immédiat, au Mali, au Niger ou en Mauritanie, il faut être présent auprès des Français pour se rendre compte de la situation et rendre compte, ici, en France. Je suis le porte-parole de ceux qui m’ont élu auprès du gouvernement. Je veux faire le lien entre la société civile et le gouvernement.