Somalie: Pourquoi le raid a tourné au fiasco

SOMALIE La tentative des soldats français de libérer un otage s'est soldée par la mort de deux d'entre eux...

Maud Pierron

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Les shebab, des combattants islamistes somaliens, le 30 octobre 2009.

Les shebab, des combattants islamistes somaliens, le 30 octobre 2009. — M. SHEIKH NOR / AP / SIPA

Lourd bilan. Aux lendemains de l'opération de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) samedi pour tenter de libérer un de leurs agents, Denis Allex, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a réaffirmé la position des autorités, selon qui «tout laisse à penser» que l'otage a péri avec deux soldats français.

Lundi, les shebab ont publié sur leur compte Twitter une photo d'un soldat français mort, puis déclaré que Denis Allex n'avait pas été exécuté, mais qu'il était en attente de jugement. Pourquoi ce fiasco?

Ce type d'opération est par nature très difficile. Les soldats français ont fait face à une résistance «plus forte que prévu» de la part des islamistes, a expliqué Jean-Yves Le Drian. En outre, les cinquante commandos ont été débarqués à trois kilomètres du lieu où se trouvait l'otage. Ils ont été repérés par la population locale, qui a eu le temps de prévenir les shebab. Denis Allex a été transféré dans une autre maison et ces derniers ont pu appeler des renforts.

«Il fallait prendre le risque»

«C'est un terrain extrêmement compliqué, où il n'y a plus d'Etat depuis vingt ans, plus d'infrastructures et qui fonctionne ainsi», explique Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS. Par ailleurs, insiste-t-il, «il ne faut pas caricaturer : [les shebab], ce ne sont pas des gens (…) qui viennent de l'extérieur. Ce sont des fils du village. La religion n'a rien à voir, ce sont des jeunes chômeurs prêts à faire la guerre, et très bien équipés, avec des téléphones satellitaires.» Car l'argent, issu de la piraterie ou du trafic de drogue circule.

Le moment était-il vraiment opportun pour une intervention ? Pour Jean-Jacques Cécile, un ex-agent des renseignements militaires, il fallait y aller, car l'information était juste. «Le plus compliqué, c'est toujours d'avoir la bonne information sur la localisation de l'otage, et là, ça a plutôt réussi», juge-t-il. «Il fallait prendre le risque. Denis Allex était enfermé dans des conditions inhumaines depuis trois ans et demi, les négociations étaient irréalisables et nous avions la certitude qu'il se trouvait dans ce lieu, donc le devoir était d'intervenir.»

 

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