Des écrans connectés à Internet, Facebook.
Des écrans connectés à Internet, Facebook. - REUTERS/Valentin Flauraud

Philippe Berry

De notre correspondant aux Etats-Unis

«Ryan Lanza est en enfer», «Ryan Lanza, meurtrier de masse», «Ryan Lanza est un déchet de l'humanité»... Voici quelques pages créées sur Facebook après la tuerie de Newtown, dans laquelle 26 personnes, dont 20 enfants ont péri. Le problème: selon les premiers éléments de l'enquête, Ryan Lanza est innocent. Le tueur, qui s'est donné la mort à l'école, est son frère cadet, Adam, 20 ans, un jeune homme troublé qu'il n'a pas vu depuis 2010, selon le témoignage qu'il a livré aux autorités en fin de journée.

AP, CNN, Reuters... Dans un premier temps, tous les médias américains identifient le tueur comme Ryan Lanza, 24 ans. Tout le monde, y compris 20 Minutes, reprend l'info. Il ne faut pas longtemps pour trouver son profil Facebook: son âge, sa résidence à Hoboken, dans le New Jersey, tout colle. Vêtu de noir et avec des verres fumés, il a presque la tête de l'emploi.

Tentant de confirmer l'authenticité du profil, le sites d'informations ne publient pas sa photo. The Smoking Gun et Gawker n'attendent pas, titrant «Voici le visage du meurtrier». Les commentaires de haine déferlent.

«Ce n'est pas moi, j'étais au travail»

La situation est «fluide». En clair, elle évolue en temps réel, avec des informations contradictoires et des autorités qui les livrent au compte-goutte. Les reporters sur place tentent de contacter la famille, des proches. Les journalistes à distance contactent un à un les 132 amis Facebook de Ryan Lanza.

L'un d'entre eux, Matt Bors, un dessinateur de presse syndiqué et finaliste du prix Pulitzer, répond à 20 Minutes: «Je ne me souviens pas d'où je suis ami avec lui. Mais il vient de publier un message qui dit ''CE N'EST PAS MOI. J'ETAIS AU TRAVAIL. CE N'EST PAS MOI''.»

«Fuck you, CNN»

Le dessinateur croit dans un premier temps qu'il s'agit d'un homonyme mal identifié et publie une capture d'écran du flux Facebook de Ryan Lanza. «Fuck you CNN, it wasn't me», écrit Lanza. «Tu es là la télé», répond une amie. «Ce truc est dingue», commente un autre. «Prends un avocat et traîne-les en justice», suggère un contact. Un dernier pousse un coup de gueule: «Mark Zuckerberg, sale con, rends-nous introuvables sur Facebook, je n'ai pas besoin qu'on m'appelle au bureau!»

Après avoir vu le cri d'innocence du frère aîné, le Washington Post rétro-pédale sur l'identité du tueur. Peu de temps après, AP identifie finalement le frère cadet, Adam.

Selon les autorités, Ryan Lanza «collabore pleinement à l'enquête». D'après son premier témoignage, son frère cadet souffrait de «troubles du comportement» et était «presque autiste». Et n'avait pas, semble-t-il, de profil Facebook.