Yamina Benguigui dénonce un conflit « oublié et sans images ».
Yamina Benguigui dénonce un conflit « oublié et sans images ». - V. WARTNER / 20 MINUTES

Propos recueillis par Faustine Vincent

Vous souhaitez lancer un appel pour la RDC à l'occasion, dimanche, de la Journée contre les violences faites aux femmes. De quoi s'agit-il ?
C'est un appel aux consciences pour que les femmes et les enfants du Nord-Kivu cessent d'être des butins de guerre. Les rebelles du M23 et d'autres groupes armés, qui sévissent à l'est de la RDC, sont devenus des escadrons du viol, utilisé comme une arme de destruction massive. Or, ce conflit est oublié et sans images. Depuis 1994, il a fait plus de 8 millions de morts. Je développerai la semaine prochaine les deux autres volets, humanitaire et politique, de cet «appel de Goma». On a lancé plusieurs pistes pour lever des fonds et faire une charte, pour laquelle on recueille des signatures de personnalités, y compris au sein de l'ONU, afin d'y avoir un relais et d'être plus efficaces.
Pourquoi cet intérêt pour la RDC ?
J'ai vingt ans d'engagement derrière moi. Les violences faites aux femmes sont l'un de mes grands combats. Et la RDC est le plus grand pays francophone. J'ai pris conscience, en me rendant en octobre dans un camp de déplacés près de Goma – aujourd'hui vide à cause des combats – de tout ce qui se passe là-bas. Je veux y retourner le plus vite possible.
Comment espérez-vous peser dans ce conflit, alors qu'il dure depuis 1996, que les crimes sont impunis, et que personne ne vous attend ?
J'essaye d'alerter l'opinion publique et les Etats de la francophonie. Lorsque j'étais sur place, j'en ai appelé au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et au président, François Hollande. Leur réactivité a été extraordinaire, car la France a ensuite demandé à l'ONU de condamner l'action des rebelles. Mon rôle a été important. La France doit maintenant amorcer un dialogue pour tenter de résoudre le conflit. Elle a déjà beaucoup avancé depuis juillet, puisqu'elle a proposé une résolution, adoptée mercredi à l'unanimité par le Conseil de sécurité de l'ONU, condamnant pour la première fois la prise de Goma par les rebelles.
Sans pression sur le Rwanda, qui arme et finance en sous-main les rebelles, pas d'issue possible. Or les Etats-Unis, entre autres, s'y refusent...
Vous verrez dans les semaines à venir. Les pressions se mettent en place.
Vos prises de position politiques sont inhabituelles au ministère de la Francophonie, qui est peu influent et ne passionne pas les foules.
A moi de le révolutionner ! Je veux défendre une diplomatie de la francophonie. Mais en travaillant main dans la main avec le Quai d'Orsay, dont j'ai besoin et qui appuie mes actions.
Vous êtes surnommée «la diva du Quai». Vous sentez-vous plus intégrée aujourd'hui dans le gouvernement ?
L'article auquel vous faites référence est raciste et truffé de mensonges. Je n'ai perçu aucune animosité au gouvernement. Ces attaques ne me touchent pas, je reviens de trop loin pour ça. Cela pose question sur le rapport de la France face à sa diversité. Je ne porte pas plainte car je ne veux pas polluer le débat. Mais je garde bien tout sous la main.