A Gaza, les bombes ciblées contre les chefs du Hamas tuent aussi les civils

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Publié le 19 novembre 2012.

REPORTAGE - Au cinquième jour de l'opération « Pilier de défense », Israël a décidé d'élargir ses objectifs de destruction…

De nos envoyés spéciaux à Gaza,

Devant la morgue de l’hôpital Al-Shifa de Gaza, les familles palestiniennes endeuillées pleurent chaque jour leurs morts. Comme cette femme de 43 ans, relevée inerte deux heures auparavant des décombres d’une maison soupçonnée par l’armée israélienne d’abriter Mohamed Ad-Dalo, un chef militaire du Hamas. En plein cœur de Gaza, rue Nasser, il ne reste plus rien du bâtiment. Ce dimanche à 14h30, un missile tiré d’un F-16 israélien s’y est abattu, faisant dix morts, dont quatre femmes et quatre enfants.

La déflagration a été si violente que les immeubles adjacents ont été éventrés. On peut y voir le repas à peine servi sur une table dans un appartement du premier étage. «Nous étions assis au salon, moi, ma sœur et ses enfants. Je me suis senti tomber puis c’est le brouillard», témoigne Nasser, un lycéen de 16 ans touché aux jambes et dans le dos. Il dit être le seul rescapé de cet appartement. «Un miraculé», selon ses amis venus lui rendre visite dans sa chambre d’hôpital.

Un centre de presse touché

Gaza vit depuis cinq jours sous les bombes. Ce dimanche, 20 Palestiniens ont été tués, majoritairement des enfants et des femmes, soit la plus meurtrière depuis le début mercredi. Une partie des frappes semblaient être dirigées contre des sites stratégiques du Hamas. Un rapide tour de la ville, désertée à de nombreux endroits par ses habitants, permet de s’en rendre compte: postes de police, antennes de communication, maisons abritant des chefs des brigades Al-Qassam... Les ruines de l’opération «Plomb durci», fin 2008, se mêlent aux bâtiments fraichement pulvérisés.

Mais Tsahal a décidé d’élargir ses cibles, frappant les civils. Un centre de presse, qu’Israël considère comme «une antenne de communication du Hamas», a été touché au niveau du 15e étage où des journalistes de la chaîne de télévision du Hamas Al-Aqsa TV travaillaient. «On continue de faire des directs depuis la rue désormais», explique Fayez, 28 ans, employé de la chaîne. Par ailleurs, un message diffusé sur les radios, dont le contrôle semble avoir été pris par Israël, tourne en boucle dans la ville. «Pour votre sécurité, vous devriez rester à l'écart des infrastructures et des membres du Hamas», prévient l’avertissement.

«On garde patience»

Pour l’heure, la ville reste assez bien ravitaillée en eau et en nourriture. Mais l’essence se fait rare. «Les pompes sont vides. Il faut se débrouiller avec des amis à l’extérieur de Gaza pour en trouver», fait remarquer un Gazaoui. Dans les hôpitaux, les antibiotiques et le sérum manquent terriblement. «Nous sommes mobilisés 24h/24. Mais bien évidemment, le personnel doit parfois se reposer. Il n’y a pas assez de monde pour soigner tous les blessés convenablement», reconnaît Hassan, 53 ans, un infirmier.

La résignation semble être le maître-mot des habitants. «On est tous choqués lorsqu’il y a un missile qui tombe à côté de nous. Mais on l’accepte et on garde patience», explique Zaher Abou Khater, 46 ans. Depuis six jours, il accueille chez lui sa belle-famille qui habite ordinairement à l’ouest de Gaza. «C’est une région très difficile qui est régulièrement visée par les bombes israéliennes», précise-t-il. Ils sont désormais dix-neuf dans sa maison de trois étages du centre de Gaza. Dimanche, un missile s’est écrasé à moins de 50 m de chez lui.

De nos envoyés spéciaux à Gaza, William Molinié (texte) et Vincent Wartner (photos)
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