Israël: Les roquettes palestiniennes ne font pas plier les kibboutz du sud

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Publié le 27 novembre 2012.

REPORTAGE – A Réïm, situé à la frontière de la Bande de Gaza, Jean-Olivier et sa famille ont décidé d'affronter les bombes du Hamas dans la plus grande indifférence…

De nos envoyés spéciaux à Sdérot (Israël),

Réfugié au sous-sol d’un abri anti-missile avec ses ordinateurs et ses statistiques, Ilan, 43 ans et trois enfants, dirige les opérations de secours du kibboutz. Depuis mercredi, 17 roquettes sont tombées aux environs de Réïm, un village collectiviste laïc. Bien que situé à un peu plus de 5km à vol d’oiseau de la bande de Gaza, ce kibboutz n’est pas protégé par le «dôme de fer», le système israélien de défense conçu pour intercepter les tirs de roquettes en provenance de l’enclave palestinienne.

«Quand l’alerte est donnée, les habitants doivent se réfugier dans les bâtiments construits en béton armé. Il y en a un à proximité de chaque bloc d’habitation», explique-t-il. En théorie. Car en pratique, bien souvent, les 15 secondes nécessaires pour trouver un abri ne leur suffisent pas. Au mieux, ils trouveront un pas de porte, au pire, ils s’allongeront par terre, les mains sur la tête, en espérant que le missile s’écrase plus loin. Un pan entier de mur d’une habitation a été soufflé par une roquette, un matin du début du mois de novembre. Un trou béant laisse maintenant apparaître la chambre à coucher.

Refuser la peur                                 

«La dame qui était dans son lit au moment de l’alerte s’est levée et a eu le bon réflexe d’attendre dans le couloir. Ça lui a sauvé la vie», confie Jean-Olivier, un Franco-israélien installé ici depuis quinze ans. Lui aussi dispose dans sa maison d’un espace d’un mètre carré entre la salle de bain et les toilettes, protégé par des murs porteurs. «A force, notre chienne va à cet endroit-là avant tout le monde car elle entend l’arrivée des missiles avant même le déclenchement de l’alarme. Ça nous fait gagner quelques secondes», assure-t-il.

Malgré quatre à cinq avertissements par jour, Jean-Olivier assure ne pas avoir peur. «Rester ici, c’est une question de choix. Ne pas avoir peur, c’est se protéger», tranche-t-il. Né au Vietnam, il a grandi avec ses parents adoptifs en France. «Je suis venu ici en 1988 en tant que volontaire. Puis j’ai rencontré ma femme et je l’ai épousée. On a habité à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) mais ça ne lui a pas plu. Alors on est partis.» Il reconnaît avoir mis huit années afin de se «sentir chez soi». Le regard des autres, son acceptation auprès de la communauté, l’ignorance parfois de ses voisins... «Les codes du kibboutz sont un long apprentissage», concède-t-il.

«Mourir sous une roquette, c’est comme à la loterie»

Sa femme, Rotem, née il y a 48 ans à ce même endroit, ne veut pas entendre parler des roquettes qui lui passent au-dessus de la tête. «Ce n’est pas plus dangereux d’être ici que de conduire en ville. Mourir sous une bombe, c’est comme à la loterie.» Dans ce kibboutz, d’où l’on peut entendre les prières de Gaza lorsque le vent souffle dans le bon sens, trois personnes sur quatre ont préféré partir dans le nord du pays, hébergés par leur famille. «Je ne les juge pas. S’ils ne se sentent pas bien ici, il ne faut pas qu’ils restent», recommande-t-elle.

Jean-Olivier assure prendre du recul sur le conflit qui oppose Israël aux Palestiniens. «De l’autre côté, c’est vrai que la population civile, les plus pauvres morflent. Ils n’ont rien», reconnaît-il avant d’avouer que la défense de son territoire passe avant tout. «Pour autant, les bombes qu’on envoie là-bas sont ciblées sur des terroristes. Eux, ils nous arrosent au hasard.»

William Molinié (texte) et Vincent Wartner (photo)
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