Lors de sa visite au Sénétal, François Hollande s'est rendu sur l'île de Gorée, lieu du martyr de millions d’esclaves, le 12 octobre 2012.
Lors de sa visite au Sénétal, François Hollande s'est rendu sur l'île de Gorée, lieu du martyr de millions d’esclaves, le 12 octobre 2012. - BERTRAND LANGLOIS / POOL / AFP

A Dakar, Matthieu Goar

De notre envoyé spécial à Dakar

Peu à peu, l’hélicoptère de surveillance, se rapproche. L’orchestre sénégalais entame sa musique militaire sur un dock du port de Dakar. Et soudain, toute la délégation débarque en voitures sombres. Les deux présidents, Laurent Fabius et tous les ministres en costume, Valérie Trierweiler, les gardes du corps en sueur, les photographes aux chemises trempées…. Tout ce petit monde embarque. Direction l’Île de Gorée, à quelques encablures de la capitale sénégalaise.

«Mais il n’y a que des femmes sur cette île…»

Car s’il avait choisi de venir en Afrique pour parler de l’avenir, Hollande ne pouvait pas faire l’impasse sur ce lieu du souvenir où des millions d’Africains ont été sélectionnés puis embarqués vers leur nouvelle vie d’esclaves.

Après 10 minutes de traversée, l’accueil est festif. Tambours et cris. Une femme au visage peint se jette sur le chef de l’Etat. «Je suis la lionne du Sénégal », lance-t-elle. Hollande sourit, étreint, s’étonne. «Mais il n’y a que des femmes sur cette île…», sourit-il après avoir serré la main à une dizaine de dames qui ont sorti les grandes tenues. Le président français est ravi de cette ferveur. «Nous parlons souvent du passé aux Africains mais eux veulent surtout nous parler d’avenir »,  confie-t-il à 20 minutes avant d’évoquer «le bonheur partagé», «l’attachement des Sénégalais à la France».

Le comité d’accueil de Macky

Partout, des pancartes en l’honneur du président Macky Sall, élu en 2012 dans un modèle de transition démocratique pour tout le continent. «Qu’est-ce qu’il est populaire Macky. Je n’aimerais pas me présenter contre lui en France», lance Hollande devant son homologue sénégalais ravi du comité d’accueil.

Les deux hommes, les dizaines de photographes et de gardes du corps marchent jusqu’à la Maison des esclaves. Là les attend Eloi Coly, conservateur et guide présidentiel d’un jour. «Ici, les hommes, les femmes et les enfants étaient séparés, recevant chacun un matricule qu’ils allaient garder toute leur vie », débute Coly. Hollande et Trierweiler écoutent, bons élèves. Et suivent le guide. Cellule des hommes, des jeunes filles, des inaptes temporaires (les hommes de moins de 60 kgs), des femmes et Porte du non-retour où les esclaves embarquaient vers les bateaux.

Livre d’or, blague et maquillage

Tout le monde se piétine. Laurent Fabius fait tomber la veste alors que les présidents admirent une œuvre offerte par France-Libertés, l’association de Danièle Mitterrand. Valérie Trierweiler, toute nouvelle ambassadrice de la fondation en l’honneur de l’ancienne Première dame, pose à côté de l’œuvre. Sall et Hollande se postent sur le balcon. «Pourquoi la France et le Sénégal ne présenteraient-ils pas un dossier commun pour que cette maison entre au patrimoine mondial de l’Unesco?», interroge Coly qui avait visiblement préparé son coup. «Bonne idée », répond distraitement Hollande, visiblement de bonne humeur. «Il fait chaud, hein ?», sourit-il à un de ces gardes-du-corps qui tente de s’éponger avec un mouchoir imbibé.

Après avoir signé le Livre d’or («Le rappel de cette tragédie lie à jamais l’Europe, l’Afrique, l’Amérique et les Caraïbes. Il nous oblige à lutter sans relâche contre toutes les formes de l’exploitation de l’être humain », Hollande se refait un brin de maquillage et file tourner une émission de télé. Avant un dernier bain de foule. Samedi, direction Kinshasa, en RDC, où les déclarations critiques du président ont irrité le régime de Joseph Kabila. «Ce ne sera pas la même situation. Le Sénégal est un exemple de démocratie. En Congo-Rdc, c’est plus difficile, il y a des tensions. Si je peux être utile pour apaiser ces tensions, tant mieux», lâche François Hollande…