De notre envoyé spécial à Dakar

Dans la chaleur étouffante du mois d’octobre, un pick-up rempli de drapeaux sénégalais et français s’arrête à chaque poteau électrique de l’avenue Senghor. A quelques heures de l’arrivée de François Hollande vendredi, Dakar hisse les couleurs. Vendredi, le président de la République françaiseposera le pied sur le sol sénégalais pour son premier voyage officiel sur le continent africain. Et il est attendu de pied ferme. Bien sûr pour gommer les traces laissées par l’allocution de Nicolas Sarkozy en 2007; «le discours de la honte», lâche Barthelemi Dias, député socialiste sénégalais avant d’entrer en session.

Le Mali déstabilise la région frontalière

Mais les attentes des Sénégalais sont surtout très fortes sur des sujets de préoccupation immédiate, comme la question du Mali, pays frontalier du Sénégal, où des milliers d’islamistes tentent d’imposer la charia dans le nord. «Si le Mali bascule dans l’islamisme, cela va immédiatement nous déstabiliser, commente Mamadou Cissé, député PDS de la région de Kedougou, frontalière du Mali. «Depuis des mois,nous avons beaucoup d’immigrants maliens qui arrivent. Cela pèse sur l’économie et la sécurité, mais qui suis-je pour leur dire de partir? Une intervention me paraît inévitable», poursuit l’homme, également vice-président de la commission défense et sécurité. L’Elysée a indiqué que Hollande s’entretiendrait de ce sujet avec le Président Macky Sall lors de leur entretien et qu’il glisserait quelques mots sur la situation lors de son discours. Lors de sin interview à RFI, TV5 et France 24, il a d'ores et déjà expliqué que «la France ne peut pas intervenir à la place des Africains».

 La colère des visas

Mais le grand ressentiment des Sénégalais à l’encontre de l’Hexagone concerne les visas temporaires pour venir en France ou y transiter. La population doit dépenser des milliers de francs CFA (5.000 pour une carte spéciale qui permet d’appeler le consulat, 4.000 pour déposer le dossier) avant de savoir si le visa sera attribué. Ces frais ne sont jamais remboursés. «Les consulats sont-ils des sociétés à but lucratif?» s’interroge Barthelemi Dias, avant de citer un article de Rue 89 qui a calculé que l’attribution de visas à travers le monde rapportait 44 millions d’euros à la France chaque année. Le mouvement de contestation a pris de l’ampleur, notamment lorsque des artistes, comme la styliste Mame Fagueye Ba ou le chanteur Thione Seck, tous deux empêchés de voyager par cette politique restrictive, ont relayé la colère sur les réseaux sociaux. Certains ont même appelé à manifester ce vendredi. «Nous attendons des solutions concrètes sur de nombreux sujets», conclut le député Cheikhou Oumar Sy, avant de s’inquiéter de l’impact de la crise sur les aides européennes à son pays (317,1 millions entre 2008 et 2013) ou encore de s’interroger sur l’attitude de la justice française sur les biens de la famille Wade en France.