François Hollande lors de l'inauguration de l'usine Polytech à Eyrein en Corrèze, le 14 septembre 2012
François Hollande lors de l'inauguration de l'usine Polytech à Eyrein en Corrèze, le 14 septembre 2012 - ORBAN-POOL/SIPA

Matthieu Goar

Soigner les blessures psychologiques laissées en Afrique par le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007. Tout en n'y faisant jamais référence… C'est le défi que s'est lancé François Hollande, qui ouvre ce jeudi une séquence africaine en donnant une grande interview à RFI, TV5 et France 24. Dès le lendemain, le président français s'envolera pour la première fois au Sénégal, puis en République démocratique du Congo (RDC).

Point d'orgue de ce déplacement, un discours prononcé devant l'Assemblée nationale sénégalaise, dans la ville où Nicolas Sarkozy avait déclaré «l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire». Une allocation jugée moralisatrice par les populations du continent.

«Un contre-point»

«Je ne vais pas en Afrique pour me différencier», a prévenu Hollande, dès mardi. L'Elysée conteste avoir concocté un contre-discours, mais le principe d'une grande allocution à Dakar pousse au parallélisme. «Nous tenions à commencer le déplacement par un pays où l'alternance démocratique s'est bien passé», se justifie un proche du chef de l'Etat.

Officieusement, la référence à Sarkozy a pourtant guidé l'écriture de ce discours, l'un des plus préparés depuis le début du mandat. «Le style du président n'est pas celui de Sarkozy. Le Président abordera les thèmes du respect, de l'espoir, des valeurs», explique un conseiller, esquissant sans vraiment le vouloir le schéma d'un contre-discours.

Pas de référence explicite à Sarkozy

«2007 a laissé beaucoup de traces. Alors non, il n'y fera sans doute pas référence explicitement, mais il trouvera une façon de dire que l'homme africain est bien entré dans l'histoire», estime Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Iris, rejoint par Antoine Glaser, spécialiste du continent: «Qu'il le veuille ou non, sa prise de parole sera analysée en Afrique comme un contre-point.»

Peu connaisseur du continent, Hollande ne s'est entouré que d'une conseillère sur l'Afrique, Hélène Le Gall. Voulant éloigner l'Elysée des réseaux de la Françafrique (comme d'autres à leurs débuts), il a confié la gestion des affaires africaines au Quai d'Orsay en les englobant dans un pôle sur le «développement».

Un déplacement «tendu» à Kinshasa?

«Cela risque d'être une journée tendue», glisse-t-on à l'Elysée. Après son discours de Dakar, François Hollande se rendra au 14e sommet de la francophonie à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Le chef de l'Etat souhaite y évoquer la «démocratie», «la lutte contre toutes les corruptions» et rencontrer les opposants au président Joseph Kabila. Une initiative peu appréciée par le pouvoir congolais.