Des chrétiens du Liban pendant la messe en plein air du pape Benoît XVI, le 16 septembre 2012 à Beyrouth.
Des chrétiens du Liban pendant la messe en plein air du pape Benoît XVI, le 16 septembre 2012 à Beyrouth. - ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

Alexandre Sulzer (texte) et Alexandre Gelebart (photo)

De nos envoyés spéciaux à Beyrouth

Casquettes blanches vissées sur la tête, drapeaux du Vatican et libanais dans les mains, les 350.000 fidèles ont envahi ce dimanche matin sous un soleil écrasant un espace au cœur du centre-ville de Beyrouth. Avec le pape qui achevait par une grande messe en plein air son périple au Liban, la foule a prié pour la paix.

Anis, un peintre en bâtiment de 45 ans, est venu avec son frère Fady. Côte à côte, ils communient avec la même ferveur. Mais évitent de parler politique. A leur instar, de nombreux chrétiens libanais sont divisés, notamment sur la question syrienne, centrale au Liban. Anis voit d’un très mauvais œil la participation du Hezbollah, formation radicale chiite proche du régime de Bachar al-Assad, au gouvernement libanais. «Avec eux, les chrétiens sont en danger,  ils ne parlent que de la guerre», estime Anis qui se dit proche de l’Alliance du 14 Mars, l’opposition anti-syrienne et pro-occidentale. Il se dit même «prêt» à prendre les armes s’il se sent menacé par les islamistes.

Le Hezbollah, un parti politique «comme un autre»

«Nous sommes tous libanais et le Hezbollah finira pas poser ses armes et devenir un parti politique comme un autre», lui rétorque Fady. Qui ne se reconnaît pas pour autant dans le clivage entre le «14 Mars» et le «8 Mars»,  l’actuelle alliance gouvernementale pro-syrienne charpentée autour du Hezbollah et du général maronite Michel Aoun. «En Syrie, les deux camps essayent d’instrumentaliser la communauté chrétienne, restons en dehors de cela.»

«Un changement de régime à Damas serait dangereux pour les chrétiens, Assad les protège. Et c’est une bonne chose de s’allier avec le Hezbollah ici car il est puissant», avance, quant à elle, Roulu, une grecque orthodoxe de 27 ans. «Seule une minorité de chrétiens pense que le Hezbollah est terroriste. D’ailleurs, si une majorité le pensait, on irait tout droit à la guerre civile.»

Des chrétiens qui disent représenter la modernité

Et c’est bel et bien ce spectre qui hante tous les esprits. Et que met en avant Charbel, 21 ans, pour justifier son point de vue, totalement opposé de celui de Roulu. «L’armée du Hezbollah n’est pas dans l’Etat libanais, elle va nous mener à l’enfer.» «L’enfer», poursuit cet étudiant en architecture, c’est aussi ce que représente la Syrie. «C’est un régime violent. Nous autres chrétiens sommes l’image inverse, celle de la modernité, de l’Occident en pays islamique.»

«C’est notre division qui nous a affaibli pendant la guerre, met en garde Nehme, un comptable melkite de 40 ans qui conclut sur une note d’optimisme: «finalement, c’est bien que les chrétiens soient dans deux camps différents. Ca nous assure d’être toujours au pouvoir. Et donc protégés.»

Benoît XVI et la Syrie

Au cours de la prière de l’Angelus, le pape Benoît XVI a évoqué la situation en Syrie. «Pourquoi tant d’horreurs? Pourquoi tant de morts? J’en appelle à la communauté internationale! J’en appelle aux pays arabes afin qu’en frères, ils proposent des solutions viables qui respectent la dignité de chaque personne humaine, ses droits et sa religion!»