Le film anti-islam qui enflamme actuellement le monde arabe a été tourné sous le titre de "Guerriers du désert" près de Los Angeles, par une organisation caritative chrétienne, un copte condamné pour fraude et, selon la presse, un réalisateur de films pornographiques.
Le film anti-islam qui enflamme actuellement le monde arabe a été tourné sous le titre de "Guerriers du désert" près de Los Angeles, par une organisation caritative chrétienne, un copte condamné pour fraude et, selon la presse, un réalisateur de films pornographiques. - Joe Klamar afp.com

© 2012 AFP

Le film anti-islam qui enflamme actuellement le monde arabe a été tourné sous le titre de "Guerriers du désert" près de Los Angeles, par une organisation caritative chrétienne, un copte condamné pour fraude et, selon la presse, un réalisateur de films pornographiques.

Le film a été tourné en 2011 dans la ville de Duarte, à 45 km à l'est de Los Angeles, avec la collaboration du copte (chrétien d'Egypte) Nakoula Basseley Nakoula, 55 ans, qui habite à Cerritos, à 40 km au sud de Los Angeles. Nakoula Basseley, condamné en 2009 pour fraude bancaire, fait actuellement l'objet d'une enquête judiciaire pour avoir violé les restrictions imposées à sa liberté conditionnelle, ont indiqué vendredi des sources gouvernementales.

"L'affaire est en révision", a déclaré à l'AFP un porte-parole du tribunal de Washington.

Le film a apparemment été réalisé par Alan Roberts, 65 ans, un réalisateur de films pornographiques et d'action à petit budget intitulés "La jeune Lady Chatterley II" ou "Karaté Cop", par exemple, révèle le site web Gawker.

D'après Gawker qui a interrogé des membres de l'équipe de tournage du film "Innocence of Muslims", les acteurs affirment avoir été trompés, croyant jouer dans un film de fiction épique, et découvrant ensuite qu'un doublage avait transformé leurs répliques en propagande anti-musulmane.

Initialement, les rôles principaux attribués par Alan Roberts à ses acteurs s'appelaient George, Condalisa et Hillary, mais la version finale du script les faisaient interpréter le prophète Mahommet et d'autres personnages du Coran.

Le film a été ensuite promotionné par des coptes par des chrétiens évangéliques antimusulmans de droite, tel Morris Sadek, Egypto-américain, et le pasteur de Floride Terry Jones, connu pour avoir brûlé publiquement des exemplaires du Coran.

Le militant chrétien anti-musulman Steve Klein, consultant sur le film, est l'une des rares personnes qui ait reconnu publiquement sa collaboration au film, dans un entretien avec l'AFP. Mercredi, il avait nié l'implication d'Israël dans la production et assuré que l'auteur du film "Sam Bacile" -- un pseudonyme, a-t-il reconnu -- était mortifié par le décès de l'ambassadeur américain en Libye lors de l'attaque du consulat de Benghazi.

"Sam Bacile", s'affirmant israélien, avait assuré être l'auteur du film mardi dans une interview au Wall Street Journal.

Nakoula Basseley a lui aussi reconnu sa collaboration en tant que producteur du film, tout en déclarant vendredi à la radio américaine en arabe Radio Sawa ne pas regretter ce tournage. "Non, je ne le regrette pas. Je suis attristé par la mort de l'ambassadeur (des Etats-Unis en Libye, NDLR) mais je ne regrette pas d'avoir fait" ce film, a-t-il dit.

Selon des documents judiciaires dont l'AFP a eu copie, il a été condamné à 21 mois de prison en 2010 pour escroquerie bancaire.

La maison de Nakoula Basseley est depuis mercredi sous surveillance policière et entourée par les journalistes. Malgré les violentes manifestations anti-américaines que son film a provoquées dans le monde entier, il bénéficie d'une protection de la Constitution et de son 1er amendement sur la liberté d'expression qui interdit les poursuites pour des propos insultants ou diffamatoires.

L'autorisation de production du film a été délivrée au nom de Media for Christ (Médias pour le Christ), a indiqué à l'AFP un responsable de LA Films, le bureau qui fournit ces autorisations.

Le président de cette association, dédiée à "faire briller la lumière de Jésus" sur le monde, est l'Egyptien de religion copte Joseph Nassralla Abdelmasih.

La vice secrétaire-générale de Duarte, Karen Herrera, a confirmé à l'AFP que Media for Christ avait son siège dans la ville mais démenti qu'un tournage y ait eu lieu avec une autorisation à ce nom.

"Le seul document émis par la municipalité concernant Media for Christ est une attestation de présence à Duarte depuis 2006. Mais aucune autorisation de tournage", a-t-elle dit. "Pour tourner en extérieur, il faut y être autorisé et ils n'ont demandé aucune autorisation", a-t-elle répété.

Le site Internet et la page Facebook de l'organisation, encore consultables vendredi matin, ont disparu en milieu de journée, a constaté l'AFP.

Des policiers de Duarte ont affirmé que des "patrouilles" allaient être organisées autour des locaux de l'association, ce qu'a refusé de confirmer un porte-parole de la mairie interrogé par l'AFP.

Le film "Innocence of Muslims" ("L'Innocence des musulmans"), production amateur à petit budget, a provoqué de violentes manifestations et une dizaine de morts dans le monde musulman. Il se veut une description de la vie du prophète Mahomet, et évoque notamment les thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie.