Manifestation contre l'ambassade américaine à Sanaa (Yémen), après la diffusion d'un film américain anti-islam, le 13 septembre 2012.
Manifestation contre l'ambassade américaine à Sanaa (Yémen), après la diffusion d'un film américain anti-islam, le 13 septembre 2012. - K. ABDULLAH ALI AL MAHDI / REUTERS

Propos recueillis par Corentin Chauvel

Les manifestations, plus ou moins violentes, contre un film anti-islam américain se sont répandues à travers le monde arabe comme une traînée de poudre depuis mardi. Karim Bitar, chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste du Proche et Moyen-Orient, décrypte le phénomène pour 20 Minutes.

Cet embrasement était-il prévisible?

Parmi les signes avant-coureurs, il y a la montée en puissance des mouvements salafistes. Sous les dictatures, ils ne s’occupaient pas de politique, seulement de social et de prédication. Mais ils sont en train de se réorienter en essayant de confisquer les révolutions et de profiter du climat de confusion actuel pour trancher la lueur d’espoir qu’elles ont entraîné. Et ils n’ont pas besoin d’être nombreux pour cela. Les islamistes incarnent une volonté de retour en arrière et bénéficient d’un soutien financier conséquent en provenance d’Arabie saoudite qui est paradoxalement un allié des Etats-Unis. 

Les Etats-Unis évoquent des actions préméditées, est-ce crédible?

Oui, ce n’est pas exclu parce qu’on avait très peu entendu parler de ce film et cela s’est déroulé le 11 septembre. Il peut s’agir de la volonté d’al-Qaida de venger la mort de son numéro deux, Abou Yahia al Libi, tué il y  a quelques jours par un drone américain au Pakistan. D’origine libyenne, il avait toujours des partisans dans son pays qui ont pu exploiter la colère des manifestants. Mais, à ce stade, il n’y a pas de certitudes.

La situation peut-elle dégénérer à travers le monde arabe?

On a l’impression que le même scénario se répète, comme lors des caricatures de Mahomet en 2005. Ce n’est pas aussi spontané que l’on pense, des gens soufflent sur les braises, mais il faut voir s’ils vont aller jusqu’au bout. Si les choses prennent de l’ampleur, cela pourrait bien aussi avoir des répercussions électorales aux Etats-Unis et finir par nuire à Barack Obama, comme l’épisode iranien a coûté sa réélection à Jimmy Carter en 1980, même si la première réaction de Mitt Romney n’a pas été appréciée. Pour le moment, le président américain a envoyé des navires et des renforts en Libye, il pourrait également utiliser des drones, comme au Pakistan. L’essentiel, c’est de montrer qu’il réagit.