Des manifestants contre la diffusion d'un film américain anti-islam dans les rues du Caire (Egypte), le 11 septembre 2012.
Des manifestants contre la diffusion d'un film américain anti-islam dans les rues du Caire (Egypte), le 11 septembre 2012. - M. ABD EL GHANY / REUTERS

Corentin Chauvel avec Reuters

Les ambassades américaines sont en alerte dans la plupart des pays du monde arabe alors que des manifestations à leur encontre se multiplient depuis mardi et la diffusion d’un film dénigrant l’islam. 20 Minutes fait le point sur la situation.

Qu’est-ce qui est à l’origine de cet embrasement?

Des manifestations ont éclaté ces trois derniers jours en Egypte et en Libye après la diffusion sur Internet d’un film réalisé aux Etats-Unis et jugé insultant pour le prophète Mahomet, présenté comme un imbécile, un homme à femmes et un imposteur. C’est à Benghazi que les heurts ont pris une tournure dramatique avec la mort mardi soir de l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Christopher Stevens, ainsi que trois autres Américains.

L’attaque contre le consulat américain de Benghazi était-elle préméditée?

C’est ce que pensent des membres de l’administration américaine. Certains éléments évoquent l'implication du mouvement armé Ansar al Charia, «les Partisans de la loi islamique», et de membres d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). «Cela porte la marque d'une attaque organisée», a affirmé sans plus de précisions un membre de l'administration américaine. Joint par 20 Minutes mercredi, Dominique Thomas, chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), a expliqué que le contexte actuel, entre les commémorations du 11-Septembre et la mort du numéro deux d’al-Qaida, contribuait «largement à provoquer l’ire» des islamistes. Mais «le malaise est beaucoup plus important envers les Etats-Unis et leur diplomatie dans cette région», a-t-il ajouté.

Quelles sont les conséquences de l’attaque de Benghazi?

Barack Obama a ordonné mercredi un renforcement de la sécurité des représentations diplomatiques américaines à travers le monde. Le Pentagone a ainsi dépêché cinquante membres d'une unité antiterroriste des «Marines» à Tripoli, la capitale libyenne, pour assurer la sécurité de la mission. Deux navires de guerre de l'US Navy font par ailleurs route vers les côtes libyennes.

Quels sont les autres pays touchés par l’embrasement?

En Tunisie, une manifestation a eu lieu mercredi soir devant l'ambassade américaine à Tunis. Au Yémen, l’ambassade américaine a été prise d’assaut ce jeudi par des manifestants faisant un mort et plusieurs blessés à Sanaa. En Irak, les intérêts américains sont «en danger», a déclaré Kaïs al Khazali, le chef de la milice chiite irakienne Assaïb al Hak, et des manifestations contre le film anti-islam ont également eu lieu ce jeudi dans plusieurs villes du pays. En Iran, des étudiants ont manifesté devant l'ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les intérêts américains dans la République islamique. Au Bangladesh, un millier d'islamistes ont tenté de marcher sur l'ambassade des Etats-Unis à Dacca, mais les forces de l'ordre les ont empêchés d'atteindre leur objectif.En Afghanistan, les autorités ont preuve de prévention en fermant indéfiniment la plateforme de vidéos YouTube sur laquelle le film est visible. Cette dernière a d’ailleurs bloqué l’accès à la seule vidéo incriminée en Libye et en Egypte, où quelque 200 manifestants ont lancé des pierres en direction d'un cordon de policiers qui leur barrait l'accès à l'ambassade des Etats-Unis, fermée au public ce jeudi.

Quelle est la position de la France?

Tout comme une large partie de la communauté internationale, François Hollande a condamné mercredi avec «la plus grande fermeté l’attaque, en demandant aux autorités Libyennes de faire toute la lumière sur ces crimes odieux et inacceptables». Une réaction appréciée par l’ambassadeur des Etats-Unis en France, Charles Rivkin. «Je veux remercier le président Hollande qui a condamné ces actes de violence en Libye. C’est un coup dur pour les Etats-Unis», a-t-il déclaré mercredi. Du côté de la communauté musulmane en France, le recteur de la mosquée de Paris a appelé ce jeudi «au calme et à la vigilance afin d'éviter cette provocation sciemment perpétrée contre l'islam». Dalil Boubakeur s'élève contre un film qu'il qualifie de «blasphématoire et islamophobe». Le recteur, qui condamne les assassinats de diplomates américains à Benghazi, estime que le film «est la cause directe de cette violence meurtrière». «Nous invitons notre communauté à la sagesse et à prendre de la hauteur par rapport à cette méprisable infamie», indique-t-il.