A gauche, tee-shirt Cache-Cache, à droite, tee-shirts Bonobo Jeans.
A gauche, tee-shirt Cache-Cache, à droite, tee-shirts Bonobo Jeans. - Cache Cache/Bonobo Jeans

Prêt-à-porter, prêt à voter ? Porter ses convictions sur le dos n’a jamais été aussi tendance. A l’heure des élections, comment le tee-shirt politique a-t-il négocié son retour dans le domaine de la lutte et le territoire de la hype ?

Un retour après une longue phase « has been »

Cols blancs vs cols-bleus, le vêtement est depuis toujours le porteur d’un message. Et le tee-shirt est utilisé depuis longtemps comme une arme de communication idéologique massive. En 1948, l’Américain Thomas E. Dawey s’en sert déjà comme support pour y imprimer son slogan pour la campagne présidentielle contre Harry S. Truman. Le tee-shirt gris chiné « I Like Ike » d’Eisenhower devient iconique dans les années 1950.

Dans les années 1960 et 1970, le tee-shirt milite pour les droits civiques, le féminisme et s’oppose à la guerre du Vietnam. Après une longue phase has been, le tee-shirt militant et politique réinvestit les défilés, les réseaux sociaux et la rue.

Les slogans féministes prennent les podiums

Sous les pavés, Chanel. Le retour en grâce du slogan politique s’amorce en octobre 2014 au défilé manifestation printemps-été 2015 de la maison de la rue-Cambon. Les tailleurs en tweed et slingbacks dorées se mêlent aux mégaphones et slogans inspirés par le MLF tels que « Ladies First » ou « Women’s rights are more than alright ». Karl Lagerfeld a lancé le débat.

Anna Wintour entre en résistance à la Fashion Week de New York. En septembre 2016, elle mobilise 15 grands noms de la mode US tels que Marc Jacobs ou Diane von Furstenberg pour soutenir la candidate démocrate Hillary Clinton. Ces créateurs signent un défilé intitulé « Made for History » et dépoussièrent le tee-shirt de soutien politique avec des pièces spéciales « campaign ».

A Paris, le torchon brûle aussi, et Dior l’attise. Le tee-shirt « We Should All Be Feminists », « manifeste » de la nouvelle directrice artistique de la griffe française, Maria Grazia Chiuri, fait sensation sur les podiums des collections printemps-été 2017. La pièce, inspirée par l’essai féministe de l’auteure Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, séduit Rihanna et Natalie Portman. Même s’il coûte un demi-smic, ce tee-shirt militant devient le must-have de la saison.

I ❤️️@dior

A post shared by badgalriri (@badgalriri) on

Les vêtements anti-Trump

Même si Donald Trump est élu, la lutte continue. Lors de la grande marche des femmes à Washington le 21 janvier 2017, les « pussyhats », ces bonnets roses avec oreilles de chat, sont portés par 60.000 des 400.000 protestataires. Du hoodie « This Pussy Grabs Back » de Rihanna devant la Trump Tower au sweat « Feminism is the Radical Notion That Women Are People » de Madonna, emprunté à l’écrivaine Marie Shears, le vêtement contestataire se répand comme une traînée de poudre.

Mauvais timing pour Opening Ceremony. La griffe sort le 30 janvier 2017, le jour où Donald trump signe son décret sur l’immigration, sa collection « Action », avec les mots « Fight », « Protest » ou « Change » inscrits en lettres capitales. Accusé d’opportunisme sur les réseaux sociaux, la marque annonce le reversement du bénéfice des ventes à l’Union américaine pour les libertés civiles (Aclu).

En février 2017, sur les catwalks new-yorkais, les bandanas blancs du défilé Tommy Hilfiger, le « This is not America » du défilé Calvin Klein et les petites culottes sérigraphiées « Fuck your wall » de LRS disent « Fuck » au nouveau président élu.

Au même moment, Diesel lance sa campagne « Make Love, Not Walls » (« Faites l’amour, pas des murs »). Le tee-shirt (et plus généralement, le vêtement) militant est au sommet de la hype.

Les marques jouent la carte électorale

En France, les marques, qui oscillent entre bons sentiments et stratégie marketing, jouent la carte électorale et surfent sur la tendance et l’actualité en sortant des collections capsules « présidentielle 2017 » non partisane. Au programme, des tee-shirts « Rien au programme », « Bla bla bla » ou « Votez vacances » (19,90 euros) chez Bonobo Jeans, des tee-shirts « 2017 Votez pipelette », « Présidente des râleuses » (15,99 euros), « Ministre de la mode » ou « Votez pour moi, je ne vous promets rien » (12,99 euros) chez Cache-Cache.

Macon & Lesquoy donne rendez-vous aux urnes avec une collection capsule de bijoux brodés à la main, « Bonnet Phrygien » et « Coq tricolore » au programme. Passage Du Désir sort un kit de huit préservatifs spécial « érection présidentielle » (19,90 euros) où « La Fesse Insoumise » côtoie « La France Dressée » de « François Pilon ».

Les goodies des candidats

Certains candidats proposent leurs propres collections de goodies. Dans la boutique de François Fillon, pas de costumes à 13.000 euros, mais un sweat (65 euros), un pull à col rond (49 euros) et une montre (34 euros) avec la mention tricolore « F2017 ». Emmanuel Macron propose des sweats (20 euros) et des tee-shirts (10 euros) « Emmanuel Macron Président » ou « #Elles marchent ». Marine Le Pen présente un polo avec le symbole de sa campagne 2017 (20 euros) et un tee-shirt « Au nom du peuple » (10 euros).

François Asselineau, Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, Benoît Hamon, Jean Lassalle, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou n’ont apparemment pas de boutique en ligne. Certains vendent leur goodies lors des meetings. Les équipes de Jean-Luc Mélenchon, par exemple, ont exploités les qualités de tribun du candidat et ont repris certaines de ses citations sur des tee-shirts.

Il est également possible de trouver des tee-shirts pour supporter certains d’entre eux sur des sites tels que Spreadshirt. Impossible, hélas, de trouver un béret Jean Lassalle, quand on sait que Jacques Chirac est devenu l'égérie de la marque de tee-shirts F.a.u.x, on se dit que certains goodies pourraient devenir collector un jour, à l’instar du célèbre «  Hope » pro-Obama de 2008, reprenant la mythique affiche de Shepard Fairey.

Mots-clés :