Se faire tatouer, sur le moment, ce n'est pas toujours une partie de plaisir.
Se faire tatouer, sur le moment, ce n'est pas toujours une partie de plaisir. - B. Cawthra / Rex / Sipa

« Alors, tu as eu mal ? » Impossible d’échapper à cette question lorsqu’on montre son nouveau tatouage à son entourage pour la première fois. En réalité, c’est une question rhétorique, la vraie question étant plutôt : « Ça fait mal comment ? » 20 Minutes a recueilli des réponses à vous apporter avant d’aller choisir votre tatoueur au Mondial du tatouage, qui se tient du 3 au 5 mars Grande Halle de La Villette.

« Se faire tatouer fait mal sur tous les endroits du corps, nous calme d’emblée Mikaël de Poissy, tatoueur dans les Yvelines. La douleur fait partie du fait qu’on mérite son tatouage. Mais il y a une grosse différence entre un petit motif qui ne demande que quelques minutes de travail et les grosses œuvres. » Entendez : quand on se fait recouvrir le dos d’un tatouage énorme et coloré, qu’on commence par une séance de cinq heures et qu’on repart le lendemain pour six heures supplémentaires sur une peau déjà sensibilisée, ça peut faire très mal. Mais il y a des techniques pour limiter la douleur.

La douleur, ça se gère

Premier conseil du tatoueur : « Arriver serein. L’appréhension nous tend, nous fait nous focaliser sur chaque sensation. Vous allez ressentir une douleur lancinante, il y a du bruit autour de vous, une personne qui travaille sur votre corps, vous ne pouvez pas bouger… Le contexte peut ajouter à la douleur. » Frédéric Chambre, médecin à Coulommiers et consultant scientifique du Syndicat national des artistes tatoueurs (Snat), confirme : « Il y a des zones de notre corps que l’on considère comme fragiles et qui créent une vigilance particulière du système nerveux de ce fait. La perception de la douleur est alors poussée à un seuil supérieur, le message est plus écouté par le cerveau. »

Chez @tin_tin_tatouages

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Passée l’appréhension du premier tatouage, la douleur peut donc diminuer pour les suivants, du moins sur le plan psychologique. « Avec le temps, j’y vais beaucoup plus détendue. Je ne bloque pas la douleur, je la gère mieux, estime Claire Bataille, assistante maternelle de 41 ans, tatouée sur tout le dos, le torse et les bras. J’ai un rituel pour être bien : je mange toujours des pâtes avant les séances. Parce qu’elles sont longues et peuvent être éprouvantes : il m’est arrivé de sentir mes muscles me lâcher. J’apporte aussi mon oreiller pour bien me caler. On discute aussi beaucoup, pour me changer les idées. »

Les recommandations de Mikaël de Poissy, 23 ans d’expérience dans le métier, vont dans le même sens. « Il faut bien dormir, bien manger avant, arriver en pleine santé, se préparer presque comme pour aller faire du sport, prévient-il. A une époque, certains fumaient un joint ou buvaient un verre pour se détendre avant de venir, mais ça ne les aidait pas du tout. » Pendant longtemps, le tatoueur n’a pas cru les histoires circulant sur des personnes s’endormant pendant que leur tatoueur travaillait. Et pourtant. « Il y a deux ans, je suis tombé sur un homme que je tatouais pour le deuxième jour consécutif sur les côtes, l’un des endroits les plus douloureux parce qu’il combine la présence de nerfs et d’os, et il a dormi quatre heures sur les six, je n’en revenais pas », reconnaît-il.

Mais où est-ce que ça fait le plus mal ?

OK, si on a peur, ça fait plus mal. Certains ont de la chance et peuvent dormir. Mais pour les gens normaux, comment choisir l’endroit à se faire tatouer pour éviter de hurler au premier coup d’aiguille ? « En dehors de l’effet psychologique, il faut prendre en compte la distribution des nerfs et la proximité avec les os pour limiter la douleur, informe le médecin. Par exemple, l’intérieur des bras n’a pas beaucoup de nerfs et les fesses sont loin des os, ce sont des endroits où les tatouages sont moins douloureux. » Fesses et bras validés, on passe à la suite.

Le dos de Claire, tatouée par Mikaël de Poissy, est la copie d'un vitrail de la cathédrale Saint John de Montréal.
Le dos de Claire, tatouée par Mikaël de Poissy, est la copie d'un vitrail de la cathédrale Saint John de Montréal. - M. Lemaire

« Mon plus mauvais souvenir reste la colonne vertébrale : j’avais l’impression que le tatoueur avait une perceuse et qu’il transperçait mon dos pour atterrir dans mon ventre, estime Claire. Sur la poitrine aussi, c’est très douloureux : chaque coup de dermo donne la sensation d’une piqûre d’abeille, ça pique d’abord à un endroit précis, puis la douleur, lancinante, s’étend. » En revanche, sur le bras, Claire confirme : « J’ai également une église sur le bras gauche pour laquelle il a fallu travailler sept heures, et je n’ai rien senti. » Attention pour les femmes, les jours de règles, c’est pire « pour de vrai », parce qu’on est plus sensible, indique la tatouée.

Et donc, on ressent quoi ?

On a essayé de se faire une idée plus précise de la douleur, pour la situer sur une échelle allant du doigt coupé par une feuille de papier à l’accouchement. « Je préfère largement la douleur du tatouage à celle de l’accouchement, réagit vivement Claire, dont la péridurale était inefficace à la fin de son premier accouchement. Pour les tracés, la douleur est précise, comme si on mettait un coup de scalpel, alors que la couleur demande un mouvement différent, plus long, on repasse plusieurs fois. » L’encre de couleur n’est pas plus douloureuse que l’encre noire, c’est la technique avec laquelle elle est appliquée qui change les sensations. De la même manière que chaque tatoueur travaille différemment et que certains font des dessins « réputés » pour faire mal.

Mikaël de Poissy tente de guider les plus inquiets dans le choix du motif. « La douleur est comparée à celle de l’épilation au laser par certaines clientes, il y a d’abord une petite piqûre, puis une sorte de brûlure lancinante, décrit-il. Les motifs fins en noir et gris font moins mal. La barre noire qui est ma signature fait très mal parce qu’elle doit être intense, il faut bien insister dessus. » A vous de trancher désormais entre l’esthétisme et le confort.

 

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