Pourquoi le casque des Daft Punk est le costume de scène ultime

MUSIQUE A l’occasion de l’exposition « Déshabillez-moi ! Costumes de la pop et de la chanson », présentée au Centre national du costume de scène, à Moulins (Allier), « 20Minutes » montre les liens qui unissent l’artiste, son œuvre et son costume…

Anne Demoulin

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Les Daft Punk, à Los Angeles, en avril 2013.

Les Daft Punk, à Los Angeles, en avril 2013. — Matt Sayles/AP/SIPA

Si « l’habit ne fait pas le moine », le costume fait l’artiste. L’exposition « Déshabillez-moi ! Costumes de la pop et de la chanson », présentée au CNCS (Centre national du costume de scène) à Moulins jusqu’au 5 mars 2017, passe en revue 100 ans de chansons au travers les costumes de scène des plus grandes stars françaises de Line Renaud à Johnny Hallyday en passant par Mathieu Chedid. Trait d’union entre le public et ses idoles, le costume est un élément stratégique de la construction de la mythologie des musiciens. Explications.

Le costume touche à l’intimité de l’artiste

« Le costume touche le corps, à l’intimité de la vedette. Dans le patrimoine musical, le costume n’est qu’un élément, mais c’est l’un des plus proches de l’artiste », explique Delphine Pinasa, directrice du CNCS et commissaire de l’exposition. « Ces costumes ont vécu mes tracs, mes doutes, mes incertitudes, mes bonheurs, des larmes de joie et mes difficultés aussi, avec l’escalier. L’escalier, c’est le cauchemar », s’exclame Line Renaud, émue, face à ses propres tenues exposées dans « Déshabillez-moi ! ». Le costume de scène est quelque chose qui a touchés les stars au plus près, qui leur rappelle des souvenirs, il fait partie de la vie des idoles.

Le costume met l’artiste en lumière

« Les vedettes du music-hall, les idoles yéyé, les célébrités du disco, les légendes de la variété, les héros du rock’n’roll, les stars du rap, les papes de l’électro endossent des tenues qui, au premier coup d’œil, les distinguent du commun des mortels », considère Stéphane Malfettes, directeur de l’auditorium du musée du Louvre et commissaire de l’exposition. Pour briller sous les feux de la rampe, Zizi Jeanmaire enfile un « truc en plume », Brigitte, des robes à paillettes : « Quand on a monté notre groupe avec Aurélie, on s’était dit que si on faisait des concerts, on serait dans des robes à paillettes. Depuis, on a du mal à s’en passer ! », confie Sylvie Hoarau.

Les robes pailletées de Brigitte ont été créées par Alexis Mabille.
Les robes pailletées de Brigitte ont été créées par Alexis Mabille. - Thierry Zoccolan/AFP

« L’artiste, en représentation, qu’il se transcende ou pas dans un autre personnage, cherche un élément qui va le différencier, même si c’est aussi simple qu’un canotier comme Maurice Chevalier », souligne Delphine Pinasa, directrice du CNCS et commissaire de l’exposition. Un objet du quotidien peut incarner un chanteur comme le perfecto de Renaud, les Repetto de Serge Gainsbourg, ou encore les casques de moto du duo électro Daft Punk. Le costume devient un signe de reconnaissance.

Le costume participe à la mise en scène du corps de l’artiste

Les résilles de Guesch Patti, les fesses de Polnareff, le torse nu d’Iggy Pop… Les stars exaltent le subtil pouvoir érotique de la parure. « Le cas de Mademoiselle K. qui joue avec ce qu’elle montre et ce qu’elle ne montre pas sur scène est particulièrement intéressant », estime Stéphane Malfettes. Le costume participe à la mise en scène du corps du musicien.

Le costume porte le message de l’artiste

Pour la tournée de À bouche que veux-tu, Sylvie Hoarau et Aurélie Saada des Brigitte deviennent des jumelles. « La gémellité est venue au fur et à mesure des chansons, d’abord comme une petite boutade, puis comme une idée, et d’un seul coup, comme une évidence, parce que c’est ludique, très graphique », estime Sylvie Hoarau. « On a envie de changement, on a aussi envie de coller à ce qu’on raconte », poursuit la chanteuse. « M est le double scénique de Matthieu Chedid, mais M connaît différentes incarnations successives selon les albums, les tournées, etc. », raconte Stéphane Malfettes. Chaque avatar de David Bowie, chaque excentricité de M est « constitutif de l’expression musicale », selon Stéphane Malfettes.

Le costume de scène d'Alain Bashung.
Le costume de scène d'Alain Bashung. - A. Demoulin/20 Minutes

 

Face à la tenue de scène toute noire et pailletée de La tournée des grands espaces d’Alain Bashung, sa veuve, la chanteuse et actrice Chloé Mons explique : « Cette tenue est le fruit d’une vraie collaboration et réflexion avec Jean Colonna. Alain Bashung voulait de l’élégance, mais aussi de l’animalité, quelque chose de rock’n’roll ». Le costume exprime ce que le chanteur veut dire et incarner.

Le costume participe à la construction de la mythologie de l’artiste

« Le costume est élément le plus stratégique de la mise en scène du concert et de la construction de la propre mythologie du musicien », rappelle Delphine Pinasa. A la fin des années 1980, Jean Paul Gaultier répond à la question d’un journaliste radio : « Quelle star voulez-vous habiller ? » par une boutade. « Yvette Horner », répond le couturier. « Le lendemain Yvette Horner appelle Jean Paul. Amusé, il accepte de la rencontrer dans son incroyable maison où quasiment tout à la forme d’un accordéon. A l’époque, Yvette Horner était un peu ringardisée, les costumes de Jean Paul font d’elle une icône moderne et gay. C’est ça la force du costume », se souvient Donald Potard, ex-PDG historique de Jean Paul Gaultier, ami d’enfance du couturier.

A la fin de ses concerts, toujours le même rituel, Claude François revenait saluer la foule, dégoulinant de sueur dans un peignoir qu’il jettait en offrande. Au décès de l’artiste, le costume devient une sorte de relique pour les fans, les lambeaux des peignoirs et autres chemises de Cloclo s’arrachent à prix d’or. « Les costumes de Claude François peuvent atteindre 25.000 euros », précise Delphine Pinasa.

Le costume sert de protection à l’artiste

« Enfiler un costume, c’est un peu mettre un masque. Il sert de barrière entre le public et l’artiste », rappelle Delphine Pinasa. Le costume est un moyen de se protéger. « Dans la rue, personne ne me reconnaît, se réjouit Sylvie Hoarau. Et pourtant, on ne se cache pas sous un casque comme les Daft Punk. »

« Le casque des Daft Punk est un élément qu’on aurait aimé présenter, et qui est devenu culte. Il s’inscrit dans démarche face aux médias d’aujourd’hui et à cette peopolisation à laquelle certains n’adhèrent pas », note Delphine Pinasa. « Ça nous fait plaisir de pouvoir être à la fois tranquilles et à la fois de pouvoir s’amuser artistiquement, mais de pouvoir prendre le métro, faire du vélo, aller à la boulangerie de façon totalement anonyme. C’est aussi une démarche qui semble avoir du sens pour nous, mais aussi pour les gens qui apprécient notre musique », confiaient déjà les Daft Punk à l’antenne de France Inter en 2014. Signe distinctif, iconique et protecteur, le casque des Daft Punk est le costume de scène ultime.