L'héroïne de «Confessions d'une accro du shopping» n'a visiblement pas lu le livre de Marie Kondo.
L'héroïne de «Confessions d'une accro du shopping» n'a visiblement pas lu le livre de Marie Kondo. - Walt Disney Studios Motion Pictures France

Le bonheur est au bout du tri. « La vie ne commence vraiment que lorsqu’on a remis de l’ordre chez soi », assure la grande prêtresse du rangement Marie Kondo dans Ranger : L’étincelle du bonheur (Pygmalion, 17,90 €). Avec son best-seller mondial La Magie du rangement, la Japonaise a fait du tri la nouvelle lubie des lobbyistes du développement personnel. Et tandis que la papesse de l’ordre prêche la fin de l’accumulation des objets, les ouvrages de ses émules s’amoncellent cette rentrée en librairie. Comment ranger sa maison a basculé du côté de la hype ?

Ces objets qui procurent « de la joie »

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Marie Kondo a « consacré une grande partie de sa vie à étudier l’art du rangement ». Sa méthode de tri, baptisée KonMari, consiste à garder les objets « qui vous procurent de la joie tout en jetant le reste ». Une philosophie et des conseils pratiques (« trier par catégorie et non par emplacement ») adoptés par des millions d’adeptes. Cette Mary Poppins nipponne anime des conférences dans le monde entier, cartonne sur YouTube avec ses tutos, a fait l’objet d’un long-métrage au Japon, figure parmi les 100 personnalités les plus influentes de l’année selon le magazine Time, et a annoncé à 20 Minutes le lancement d’une école pour devenir coach en rangement.

De l’embarras dans les débarras

Pourquoi tout ce remue-ménage autour du rangement ? Marie Kondo vend un rêve, celui d’une maison désencombrée. « On a atteint le niveau de saturation des placards », constate Valérie Guillard, auteur de Boulimie d’objets (éd. De Boeck) et maître de conférences à l’Université Paris-Dauphine. Nos intérieurs contiennent trois fois plus d’objets que dans les années 1960 et ainsi, 53 % des Français déclarent manquer de place pour stocker leurs affaires, indique une étude réalisée par Opinion Way pour Ouistock en mars 2016 auprès d’un échantillon représentatif de 1004 Français âgés de 18 ans et plus. « Les gens ont pris conscience de l’accumulation grâce aux problématiques du développement durable », analyse Valérie Guillard.

« Notre société de consommation montre ses limites. On a été élevé dans l’idée que posséder, accumuler était synonyme de réussite. Il faut se détacher de cette idée. Il y a un vrai sentiment de trop », commente Anne-Solange Tardy, auteur de Manifeste pour une maison rangée (First Editions, 8,95 €). « Dan-Sha-Ri […] vise ultimement à un détachement vis-à-vis du monde matériel et de la consommation à outrance », écrit « la consultante en désordre » Hideko Yamashita, l’auteur de Dan-Sha-Ri, l’art du rangement (Autrement, 17,90 €, à paraître le 28 septembre). « Malgré la crise, notre société est riche et prospère, et pourtant il n’y a jamais eu autant de stress et de déprime », déplore Anne-Solange Tardy.

Dis-moi comment tu ranges, je te dirai qui tu es

« Dans le contexte anxiogène actuel, on se réfugie vers les valeurs que sont la famille et la maison. Les objets provoquent un sentiment de sécurité, et en même temps, trier, ranger permet de maîtriser l’angoisse », décrypte, quant à elle, la chercheuse. Ranger, c’est mettre de l’ordre dans un monde un monde complexe qu’on ne maîtrise plus. « Quand on trie chez soi, on clarifie son esprit, et on se sent mieux. Il s’agit de faire le vide, de libérer de l’espace mental », explique Anne-Solange Tardy.

Ranger son intérieur est une affaire intérieure. « Le succès dépend à 90 % de votre état d’esprit », estime Marie Kondo. « Le rapport aux objets est émotionnel, ils ont une dimension affective. Ce n’est pas facile de jeter », note Valérie Guillard.

La chercheuse distingue quatre profils de « “gardeurs” : les “nostalgiques” qui gardent photos, lettres et autres cahiers, les “économiques” qui gardent cette chemise qu’ils ne mettent plus parce qu’elle avait coûté cher, les “sociaux”, qui gardent dans l’illusion de donner à autrui (leurs enfants préféreront acheter du neuf chez Ikea) et les “instrumentaux”, ces anxieux qui gardent les objets “au cas où, ça peut toujours servir” ».

Les grands remue-ménage surviennent ainsi aux tournants de nos vies : naissance, déménagement, héritage, divorce ou encore crise personnelle. « Ces moments où l’on réobserve son environnement par rapport à soi. Un tri n’est jamais définitif. Notre intérieur évolue en fonction de nos évolutions ». Notre façon de ranger reflète notre personnalité, nos peurs et nos conflits intérieurs. Ranger sa chambre, c’est un peu ranger sa vie.

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