André Courrèges, le 1er mars 1987.
André Courrèges, le 1er mars 1987. - PIERRE GUILLAUD / AFP

L’icône de la révolution vestimentaire des années 1960 n’est plus. André Courrèges, l’un de ceux qui a imposé le pantalon et la minijupe dans le vestiaire féminin, est décédé jeudi, à l’âge de 92 ans, à son domicile de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), a annoncé, à 20 Minutes Jacques Bungert, coprésident de la Maison Courrèges. Il « s’est éteint après un long combat de plus de trente ans contre la maladie de Parkinson », a précisé la maison dans un communiqué. Le couturier, né en 1923 à Pau (Pyrénées Atlantiques), est connu pour ses tenues d’inspiration futuriste, sa mode fonctionnelle et son obsession géométrique. Sa « petite robe blanche » est devenue l’équivalente de la « petite robe noire » de Chanel.

L’apprentissage chez Balenciaga

André Courrèges rêvait de faire une école d’art. « Tu seras ingénieur », lui rétorque son père. A l’école nationale des Ponts-et-Chaussées, il se passionne pour l’architecture, qui influencera toute son œuvre.

A son arrivée à Paris en 1945, il fait un cours passage chez Jeanne Lafaurie et fait ses armes chez Balenciaga. Il fonde sa maison de couture en 1961. Coqueline Courrèges, son assistante qui deviendra son épouse, expliquera plus tard au New York Times : « André et moi avions besoin de nous éloigner de l’influence de notre mentor, Balenciaga. L’objectif était de garder sa philosophie et son raisonnement mais de l’adapter dans quelque chose qui pouvait être accessible à la nouvelle et jeune génération. »

« Le Corbusier de la couture »

André Courrèges révolutionne la mode dans les années 1960, avec notamment la collection « The Moon Girl ». Yves Saint Laurent dira que « sa collection est apparue comme une bombe, après, plus rien n’était comme avant ». Motifs géométriques, couleurs acidulées, il crée un style. « La mode change. Le style, c’est ce qui se perpétue dans le temps et dont on reconnaît la personnalité », expliquera-t-il.

Ses vêtements, très construits, témoignent de sa passion pour l’architecture et lui donneront le surnom de « Le Corbusier de la couture ». Grâce à lui, les femmes découvrent le pantalon en 1963. Révolution en 1965 : la minijupe. Avec Coqueline, il veut libérer la femme. Chez Courrèges, les tailleurs et autres guêpières font place aux combi-shorts et aux pantacourts. Les talons hauts deviennent des bottines en vinyle plates, sa matière fétiche, qu’il associe à des mini-blousons.

Catherine Deneuve, BB, Françoise Hardy, Twiggy et Mireille Darc sont conquises. La silhouette Courrèges devient l’archétype de la mode des années 1960 et les créations d’André Courrèges sont largement copiées. Furieux, il déclare : « Nous ne serons plus copiés parce que nous allons nous copier nous-même ».

« L’argent était moins important que les valeurs partagées »

En 1967, la maison Courrèges s’installe rue François-1er, dans un décor entièrement blanc, la couleur fétiche du créateur. Le couturier lance aussi en 1967 sa ligne « Couture Future », une ligne de prêt-à-porter de luxe, et en 1971, une ligne de prêt-à-porter sportswear plus accessible nommé « Hyperbole ». Ses deux lignes complètent « Prototype », sa haute couture. En 1968, il crée la collection Space Age, avec ses couleurs argentées et métalliques futuristes. Son premier parfum, baptisé « Empreintes », lancé en 1971, fait références à celles laissées par Neil Armstrong sur la lune en 1969, suivront Eau de Courrèges, Amérique et In Blue.

La marque compte dans les années 1970 prêt de 180 points de vente. Au milieu des années 1990, Courrèges, malade, se retire, après Jean-Charles de Castelbajac, Coqueline Courrèges, assure un temps la direction artistique. La marque emblématique s’endort peu à peu avant d’être rachetée par un tandem de publicitaires, Frédéric Torloting et Jacques Bungert. « Nous avons appris à nous connaître pendant un an, avec le couple Courrèges. Et Coqueline nous a choisis pour reprendre la maison. L’argent était moins important que les valeurs partagées », avait alors raconté à 20 Minutes Jacques Bungert.

André Courrèges se consacre à d’autres projets, comme la peinture, la sculpture ou les véhicules non polluants. « Courrèges, ce n’est pas seulement de la mode, ce sont des parfums, du design, et les premières voitures électriques », renchérit Frédéric Torloting. « André Courrèges et son épouse se levaient tous les jours en se demandant : “Comment va-t-on changer le monde ?” », aimait rappeler quant à lui Jacques Bungert en 2012.


 

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