Dans la cuisine partagée de la start-up Recommerce solutions, un employé se relaie chaque jour pour nourrir les autres.
Dans la cuisine partagée de la start-up Recommerce solutions, un employé se relaie chaque jour pour nourrir les autres. - Aurélie Selvi

Et si le salut de la pause-déjeuner passait par un repas partagé tous ensemble au bureau ? La salivante alternative a en tous cas déjà des adeptes. Il y a deux ans, c’est la start-up La ruche qui dit oui ! qui faisait parler d’elle en publiant une vidéo où ses équipes défiaient, par webcam interposée, celles de Google en cuisinant, en un temps limité, une popote maison en direct du bureau. Résultat : une paëlla « aux légumes mal cuits » versus une assiette libanaise, et une bonne tranche de rigolade.

Depuis, Benjamin Stock, le community manager de La ruche, et ses collègues ont essaimé en créant le concept « Tous à poêle au bureau », diffusant leur savoir-faire sur des salons ou dans d’autres bureaux, en prônant les bienfaits du repas collaboratif.

Du 7 au 11 décembre 2015, ils ont lancé la première Semaine de la cuisine en entreprise durant laquelle une vingtaine de boîtes se sont prêtées au jeu. « Dès les débuts de La Ruche, on s’est mis spontanément à cuisiner au bureau, explique Benjamin. Parce que c’est moins cher, meilleur, plus convivial. On réduit le temps passé en réunion car toutes les équipes, du développeur web au communicant, sont autour de la table. Et puis c’est un peu comme à la maison quand on crie dans les étages : à table ! »

Un système collaboratif bien orchestré

En banlieue parisienne, Recommerce solutions, une entreprise de 65 personnes, spécialisée dans le reconditionnement de téléphones portables, mise aussi sur cette formule déjeuner. « Dès nos débuts en 2009, on s’est rendu compte que pour bien travailler il fallait bien manger et que pour ça, il fallait que l’un de nous se charge de tout », explique Benoît Varin, l’un des cofondateurs.

Alors quand la start-up a troqué les 6 m² de son premier bureau pour un bâtiment plus spacieux, elle y a annexé une cuisine hyper moderne et une salle à manger. « On a lancé un système collaboratif où un employé fait les courses et cuisine pour tout le monde et on a créé un logiciel qui permet de calculer la fréquence des participations et le coût, pour équilibrer », poursuit-il. Pour 4,5 € par tête, le vaillant volontaire a carte blanche pour préparer une entrée, un plat et un dessert et régaler les 30 demi-pensionnaires.

L’occasion de découvrir spécialités de Côte d’Ivoire, goulash hongrois, bo bun ou de se réconcilier avec des plats impopulaires. « Hier, c’était endives au jambon. Certains boudaient  mais ceux qui ont goûté ont aimé la version sauce tomate à la brésilienne qui était au menu », jure Benoît, qui y voit aussi un bon moyen de sceller l’esprit d’équipe. « Parce que ça permet de discuter avec des gens avec qui on n’a pas forcément l’habitude de parler, de découvrir des personnalités et même de faire avancer des dossiers », ajoute-t-on chez Recommerce solutions, où l’on a recruté une animatrice de cuisine pour prodiguer des conseils. Depuis peu, l’entreprise a décidé d’ouvrir les portes de sa cuisine à quatre start-up voisines. L’une d’elles a même lancé des joggings d’avant-repas…

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«C’est un moment gratifiant»

Sans cuisine dernier cri ni coach, les petits plats à partager s’invitent aussi dans le laboratoire pharmaceutique où bosse Pierre, la trentaine. « C’est à l’accueil que ça se passe. Tous les jours quasiment, l’un des 70 collègues dépose une sucrerie pour tout le monde. Quand je me motive, j’amène ma petite centaine de crêpes maison avec un pot de pâte à tartiner. C’est un moment gratifiant parce qu’après les collègues viennent te voir pour te féliciter », lâche fièrement cet informaticien.

Dans son open space de banlieue parisienne, Laure, passionnée de pâtisserie, rapporte aussi souvent de quoi nourrir les troupes. « Souvent, ça me permet d’assouvir une envie de cuisiner chez moi. Je sais aussi que c’est apprécié, que ça nous permet de nous retrouver non pas pour une réunion mais pour une pause agréable », explique cette pro des muffins à la framboise. Anne-Laure, l’une de ses collègues, pratique aussi en ramenant après ses soirées entre potes quiches, cakes salées ou gratins. « La nourriture, ça rassemble. C’est aussi une vision du travail. C’est un plus si les gens se sentent bien ensemble. Et puis ces gueuletons sont des moments où on se retrouve tous, peu importe la hiérarchie », loue cette dernière.

Manger à l’œil au travail serait même un concept vertueux pour l’entreprise, selon une enquête américaine menée auprès de 1 100 travailleurs et relayée par le site d’offres d’emploi Jobat.be. 60% des personnes interrogées y déclarent qu’elles se sentiraient « plus valorisées et appréciées » si on les invitait à manger au bureau. 

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