Les guides amateurs sont de plus en plus nombreux, partout à travers le monde.
Les guides amateurs sont de plus en plus nombreux, partout à travers le monde. - Michel Euler/AP/SIPA

Airbnb a déjà séduit plus d’un million de Français. Avec la crise et les possibilités offertes par le Web, «les pratiques touristiques basées sur l’échange se développent en même temps qu’émerge un nouveau secteur marchand basé sur l’échange individuel», résume Saskia Cousin, co-auteur de Sociologie du tourisme (La Découverte). Se déplacer, se loger, dîner, visiter… Il est possible de voyager 100 % alternatif. Alors, effet de mode ou lame de fond?

«Accueillir, un devoir sacré»

«Historiquement, accueillir l’étranger est un devoir sacré», rappelle l’anthropologue. Les premiers réseaux d’hébergement entre particuliers, comme Servas Open Doors, apparaissent après la Seconde guerre mondiale. «Le couchsurfing en est l’héritier», note la chercheuse.

Le principe des sites comme Couchsurfing.org ou The Hospitality Club, qui permettent d’être hébergé gratuitement chez l’habitant et qui ne reposent pas sur la réciprocité, n’est donc pas nouveau.

Puis, «les années 1990 ont vu l’émergence des "greeters"», poursuit Saskia Cousin. Le greeter est prêt à vous accueillir gratuitement et à vous faire découvrir son territoire (Global Greeter Network). En France, les greeters apparaissent en 2007 (France-Greeters).

«La marchandisation de l’hospitalité»

«Aujourd’hui, apparaît un nouveau tournant, qui est la marchandisation de l’hospitalité individuelle. Les nouvelles générations qui ne sont plus motivées par des considérations militantes, mais économiques.»

Les sites Good Spot ou Vayable mettent en contact des touristes avec des guides amateurs, comme les greeters. Mais ces derniers monnayent leurs prestations. Vayable compte 2.500 guides dans le monde et affirme connaître une hausse de ses réservations de 50 % chaque mois.

Et que dire de la démocratisation de la location chez l’habitant? Les sites comme Airbnb et ses consorts (Bedycasa, Sejourning, etc.) génèrent suffisamment de profits pour être catégorisés sans peine dans l’économie de marché, et non plus seulement collaborative.

La communauté d’Airbnb contribue à l’économie parisienne à hauteur de 185 millions d’euros, avec 20.000 annonces (contre 13.000 en 2013), selon L’Echo Touristique. Airbnb «vaut désormais plus d’argent qu’une chaîne d’hôtels installée comme Hyatt», selon Le Monde.

Dans la même veine, le Gambing -contraction de garden (jardin) et de camping- permet à des particuliers de louer aux touristes quelques mètres carrés de pelouse.

Covoiturage (Bla Bla Car), échange de résidence (Echangedemaison, GuestToGuest, HomeExchange, Seemysea), nightswapping ou échange de nuitées entre particuliers (Cosmopolit Home), retour de la table d’hôte (Beyondcroissant, Cookening, Super-marmite) et même échange de devises entre particuliers (Weeleo)… Le succès grandissant de cette nouvelle forme de tourisme ne peut plus être ignoré.

«La fin d’un modèle fondé dans les années 1950»

«Les touristes veulent faire des économies, mais aussi, échapper aux structures instituées qui leur rappellent qu’ils sont des touristes», explique Saskia Cousin. Ainsi, pour 1 % de croissance du site Airbnb, l’industrie hôtelière perd 0,05 % de chiffre d’affaires.

«Nous assistons à la fin d’un modèle fondé dans les années 1950 avec l’explosion du tourisme de masse. Une grande partie de l’hôtellerie standardisée va disparaître», estime la chercheuse. Le tourisme dit «collaboratif» n’est donc plus un phénomène marginal…

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