Image extraite du reportage de Roméo Langlois, sur sa captivité chez les Farc en Colombie.
Image extraite du reportage de Roméo Langlois, sur sa captivité chez les Farc en Colombie. - France 24

Propos recueillis par Alice Coffin

Roméo Langlois a été retenu prisonnier pendant 33 jours par les Farc. Le journaliste français a pu, avant sa capture, filmer une section de l’armée colombienne en action: «Je pensais filmer une opération de routine, elle a très mal tourné», explique-t-il en ouverture du reportage de 26 minutes qu’il a tiré de ces séquences. Un reportage diffusé ce mercredi à 21h sur France 24.

On y suit, caméra à la main, la matinée passée par Roméo Langlois en compagnie de l’armée colombienne. Les incursions des soldats chez les paysans, occasion rare de découvrir en images leurs échanges avec cette population. Puis survient la séquence finale de tirs croisés avec les Farc. Elle s’achève à l’écran par la mort de plusieurs membres de l’armée, alors qu’on entend le journaliste refuser de suivre l’ordre d’un soldat qui lui dit «Prends un fusil et tire par là», expliquer «Je ne suis pas là pour ça» et choisir d’aller se rendre aux Farc. 

Bras plâtré - il a été lui aussi touché pendant l’affrontement - il a expliqué lundi soir lors de la présentation de son film à la SCAM «avoir voulu montrer ces images pour que les jeunes Colombiens sachent ce qu’ils risquent quand ils vont au combat». Il a également répondu, à cette occasion, à quelques questions du public et de la presse.

Comment avez-vous réussi à conserver ces images?

Je les avais cachées dans une petite banane. Les Farc les ont tout de suite trouvées et me les ont prises. Je leur ai dit qu’ils n’avaient pas le droit. En fait, c’était dans leur intérêt de me les rendre car les images qui circulent habituellement sont celles d’une armée colombienne victorieuse. Du coup je les ai récupérées avant de partir.

Comment s’est passée votre libération?

Elle aurait pu intervenir plus tôt mais cela a été retardé d’une semaine à cause des élections. Puis du spectacle médiatique qu’on a organisé à mes dépens. J’ai eu à affronter une nuée de caméras, j’ai été pris pour une bête de foire.

Vous aviez des sources d’information pendant votre captivité?

Oui, et ce qu’on disait me rendait fou. Que j’avais paniqué, que j’étais parti en courant. C’est délirant car si tel avait été le cas je ne serais pas là pour le raconter.

Pourquoi ce film?

L’armée ne rend pas compte de ses défaites militaires, elle fait sa propagande, et on n’en parle pas dans la presse. Les parents qui envoient leurs enfants au combat ignorent ce qui se passe et ce que qu’ils risquent, c’est bien de pouvoir le montrer aux jeunes Colombiens.

Mais comment cela se fait-il que l’armée vous ait laissé tout filmer?

Quand les hommes sont en guerre ils oublient la caméra, de faire attention à ce qu’ils disent. Les problématiques de la communication s’effacent devant la vérité de la guerre.

Quelles ont été les réactions en Colombie?

Le fait que j’ai décidé, alors que je me suis toujours tu depuis des années, de dire des choses, a enclenché un débat. Je suis devenu hyperconnu malgré moi. L’extrême droite m’accusait d’être un journaliste pro guérilla. J’ai décidé de parler car je peux dire des choses que les journalistes colombiens ne peuvent pas dire, ils sont censurés. La Colombie est un pays qui n’a pas réglé son problème politique, c’est pour cela que le débat a pris un tour hallucinant.