Le candidat moldave Pasha Parfeny, lors des semi-finales de l'Eurovision le 22 mai 2012. 
 Le candidat moldave Pasha Parfeny, lors des semi-finales de l'Eurovision le 22 mai 2012.  - Sergey Ponomarev/AP/SIPA

Benjamin Chapon

Panique à Bakou (Azerbaïdjan) où aura lieu, samedi, l'Eurovision. Amaury Vassili, représentant français 2011, encore amer de sa piteuse 15e place, a dénoncé des magouilles entre pays qui s'assureraient mutuellement de se donner des points. «Ces promesses n'engagent que ceux qui y croient», balaie Ernst Gluckman.

Ce chercheur allemand en géopolitique s'est intéressé au sujet après la victoire surprise de son pays en 2010. «Depuis la disparition du bloc soviétique, le concours a été bouleversé. L'émergence du multilatéralisme fait que les gros pays comme l'Allemagne et la France, dont une majorité de pays se défient, ne pouvaient plus gagner.»

Après deux ans d'étude, il peut affirmer que «l'artistique compte pour 5% dans l'attribution des points, les 95% restants dépendent d'autres forces. Comme à l'ONU, où la morale politique pèse 5% contre les autres enjeux géopolitiques.» La Russie donne ainsi systématiquement des points aux pays que traverse son pipeline géant.

L'Irlande, maître du monde

Qu'est-ce qui pousse la Moldavie à préférer la Serbie à la Bosnie, si ce n'est la qualité du vibrato et des froufrous de sa candidate? «Les facteurs sont complexes et fluctuent. La règle de proximité régionale selon laquelle les Scandinaves votent pour les Scandinaves a ses exceptions. Depuis sa victoire en 2006, la Finlande a créé un mouvement de jalousie. En outre, les Finlandais ont un complexe d'infériorité vis-à-vis de la Suède.»

Pour Irina Seguin, chercheuse à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, «ces travaux induisent une absurde notion de géopolitique passive. L'Irlande n'a pas gagné quatre fois entre 1992 et 1996 parce qu'elle serait subitement devenue un pays incontournable sur la scène internationale. Les autres pays auraient voté pour elle par sympathie? Ce fatalisme comme quoi les Français sont jaloux des Italiens, les Polonais détestent les Allemands confine au cliché.»

Ernst Gluckman n'en a cure et a établi un ensemble de critères géopolitiques qui lui permettent de miser sur le vainqueur probable cette année. Pays qu'il refuse de révéler pour ne pas fausser le résultat.