Nicolas Sarkozy sur le plateau du «Petit journal» de Canal+, le 16 mars 2012.
Nicolas Sarkozy sur le plateau du «Petit journal» de Canal+, le 16 mars 2012. - Lionel Bonaventure/REUTERS

«On n’est pas couché», «Le Grand Journal de Canal+» ou encore son «Petit Journal»… Ces trois émissions ont beau être classées dans la catégorie «divertissement» sur les grilles de programmes, les candidats à l’élection présidentielle s’y succèdent ces derniers temps. Marine Le Pen face à Yann Barthès, Nicolas Sarkozy chez Michel Denisot sur Canal+, Dominique de Villepin (qui n’a finalement pas réuni les 500 signatures nécessaires) ou encore Jean-Luc Mélenchon dans l’émission de Laurent Ruquier sur France 2… Tout le monde se prête au jeu. «Aujourd’hui, ce sont des endroits incontournables», d’après Virginie Spies, analyste des médias et maître de conférences à l’université d’Avignon. «Je ne connais pas de candidats qui ne soient pas dans ce genre d’émissions. Cette politique spectacle, c’est dommage, mais c’est la société dans laquelle on vit aujourd’hui qui veut ça», estime Marc Fesneau, secrétaire général du MoDem, contacté par 20 Minutes. Il reconnaît toutefois que «c’est une occasion supplémentaire de s’exprimer, c’est ce que regardent les gens.»

«Saisir l’homme derrière la fonction» 

Selon lui, la présence d’un candidat à l’élection présidentielle dans ce genre de programmes à l’atmosphère décontractée donne un «sentiment de plus grande proximité» avec le téléspectateur. «Le public souhaite ce contact», Marc Fesneau en est persuadé. Valérie Rosso-Debord, déléguée générale adjointe de l’UMP, abonde dans son sens: «Si les politiques n’y vont pas, les Français peuvent penser que vous ne vous intéressez pas à leur quotidien.» «Mais il faut y aller avec des limites, ne pas faire du Gala», s’empresse-t-elle d’ajouter. 

Jamil Dakhlia, auteur du livre Les politiques sont-ils des people comme les autres? et maître de conférences à Nancy pense que l’enjeu dans ce genre de programmes, «c’est de capturer l’authenticité des candidats. En les sortant du strict politique, il y a quelque chose de naturel qui ressort. Ce qu’on fait miroiter c’est de pouvoir saisir l’homme derrière la fonction». Par ailleurs, il estime que «c’est une chance pour les ‘petits’ candidats, d’ordinaire peu invités dans les émissions légitimes comme les journaux télévisés».

Virginie Spies est persuadée que les gens «vont voter pour quelqu’un qui leur ressemble», d’où l’intérêt de participer à ce genre d’émissions pour montrer que l’on est comme tout le monde. En outre, elle pense que cette présence dans les talk-shows a au moins un côté positif: «Ca peut  amener les personnes qui ne regardent pas «Des paroles et des actes», par exemple, à s’intéresser à la politique».

«Un exercice d’équilibriste» 

Mais la présence des politiques dans ce type d’émissions suscite surtout les critiques. En janvier dernier, le journaliste de France Télévisions Yves Calvi est monté au créneau dans une interview accordée à TV Mag, le supplément du Figaro. Le présentateur de la très sérieuse émission «Mots croisés» a regretté que les hommes politiques choisissent trop souvent les émissions de divertissement au détriment de programmes spécialisés comme le sien, où le débat domine.

Ainsi, Marc Fesneau, le secrétaire général du MoDem, reste prudent sur ce qui est dit dans les émissions de type «infotainment»: «Le risque c’est de voir le débat politique dénaturé. C’est une bonne chose seulement si cela permet un réel débat». Le format est souvent remis en cause. «Le Grand Journal, ça va trop vite. Pour les problèmes importants, il faut du temps pour exprimer les choses. La parole politique devient simpliste», renchérit Virginie Spies.

Le vrai problème selon Jamil Dakhlia, c’est «qu’il y a des préjugés de la part de ceux qui font ces émissions là: les politiciens sont jugés trop ennuyeux, elles les soupçonnent immédiatement de faire de la langue de bois et elles estiment que leur format n’est pas favorable à une expression politique traditionnelle». Il conclut: «On est dans une logique de la petite phrase pour ne pas lasser le téléspectateur. Ceux qui s’en sortent sont ceux qui connaissent le code du divertissement: placer une phrase humoristique, savoir discuter avec l’humoriste sans pour autant descendre de son piédestal. C’est un exercice d’équilibriste.» 

 >> Selon vous, les candidats à la présidentielle ont-ils leur place dans les émissions de divertissement? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous.

Jospin a inauguré l’ère de la politique-spectacle

Si «la peopolisation des politiques est croissante depuis les dernières élections», selon l’experte des médias Virginie Spies, ce n’est pas un phénomène nouveau.   Valéry Giscard d’Estaing avait joué un air d’accordéon à la demande d’une journaliste télé en 1973, avant d’être élu président. Mais c’était pour un reportage. Le tournant remonte aux années 80 pour Jamil Dakhlia, auteur du livre «Les politiques sont-ils des people comme les autres?»: «Lionel Jospin a chanté dans une émission de Patrick Sébastien, c’était une première. Puis, il y a eu une parenthèse, et dans les années 1990-2000 sont arrivés les talk show à l’américaine: le Grand Journal, les émissions comme celles de Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel ou Laurent Ruquier.  L’évolution a été graduelle».

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