Rendre les Noirs visibles dans l’histoire. C’est le résultat du travail qu’ont effectué le réalisateur Juan Gélas et l’historien Pascal Blanchard en cherchant la présence d’Afro-Antillais dans de nombreuses archives d’actualité ou de fiction. Appuyées par une trentaine de témoignages (de Lilian Thuram à JoeyStarr, en passant par Christiane Taubira), ces images dressent un portrait de la diversité de la France dès la fin du XIXe siècle. La série documentaire «Noirs de France» est diffusé en trois parties: «Le temps des pionniers (1889-1940)», «Le temps des migrations (1940-1974)» et «Le temps des passions (de 1975 à nos jours)». La première partie est visible jusqu’au 12 février sur Internet.
Techniquement, un an et demi. On a travaillé sur 400 heures d’images d’archives, qui ont été identifiées et cataloguées, ainsi que sur 40.000 documents iconographiques. On a profité de cette série documentaire pour créer un fonds d’archives filmiques sur l’histoire des Noirs en France.
On a utilisé trois types de fonds: ceux des actualités Gaumont et Pathé, de l’INA. On a fait aussi un travail très pointu dans une cinquantaine de fonds publics et privés. Nous avons aussi mis la main sur des films jamais sortis, comme celui de Pascal Légitimus sur Darling Légitimus, sa grand-mère comédienne. Ces recherches nous ont pris beaucoup de temps, mais au final le documentaire offre le panorama d’un siècle d’images jamais vues.
On a dépouillé les fonds de l’INA, qui sont très organisés aujourd’hui grâce à un système de mots clés. De temps en temps, il nous a fallu aussi beaucoup d’imagination. Mais le plus grand travail a été fait sur les recherches de fiction. A la du film de Spike Lee, «Bamboozled», figure un document sur les Noirs au début du cinéma américain. En France, aucun documentariste n’a fait un film sur présence des Noirs dans le cinéma français. Donc, on a regardé tous les films français où jouaient des Noirs.
Les Noirs dans les camps de concentration pendant la période de la Seconde Guerre mondiale proviennent par exemple de films amateurs. Pendant longtemps, les descendants des militants de la Wehrmacht n’avaient pas communiqué ces films. Aujourd’hui, ils ont été déposés dans des fonds voire mis sur Internet.
Ces milliers de photos du XIXe siècle où on a le sentiment d’une surprésence de population afro-antillaise en France. Quand on les montre, les gens sont sidérés de découvrir des Antillais en France à cette époque.
Un acteur aussi m’a étonné. C’est Habib Benglia. Inconnu du grand public, il a joué dans une soixantaine de films et fait du théâtre. Cet acteur d’une présence incroyable a notamment joué sur la scène du théâtre de l’Odéon en 1921. Le voir change notre regard sur la France.
Il y a également ces images de la fin des années 1950, où on voit une trentaine de députés, et Gaston Monnerville, président du Sénat. Au temps des colonies, la France semble plus diverse qu’aujourd’hui. Le paradoxe du présent saute aux yeux. Notre pays a inventé la diversité, bien avant les américains. Mais bêtement, il est maintenant en retrait.
Entre 16 et 21 millions de Français ont un grand-père ou une grand-mère né hors du sol européen. C’est une population française a part entière, qui maintenant prend la parole.