Dès le début du XXe siècle, le public se passionne pour le banditisme. Comment expliquer cela?

Dès les années 1920, on a assisté à la médiatisation d’Al Capone et de la ville de Chicago. C’était la vogue du gangster moderne. Puis à partir des années 1930, la grande époque du milieu est arrivée, avec les histoires de gangsters. Au cinéma, la version originale de Scarface est sortie en 1932. Et toute une littérature s’est emparé du sujet. Un journaliste comme Albert Londres écrit Le Chemin de Buenos Aires, sur le proxénétisme. Parmi les autres grandes plumes de l’époque, Georges Simenon et Blaise Cendrars, avec son Panorama de la pègre,  s’intéressaient au sujet. C’était comme un engouement anthropologique, avec la volonté d’étudier le milieu comme une tribu lointaine installée dans une contrée sauvage.

Pourquoi dans votre documentaire, une quinzaine d’anciens bandits ont-ils accepté de s’exprimer?

Il a fallu les convaincre. C’était un peu une gageure de les faire parler, car ils se sont tu toutes leur vie. Ils ont accepté, car je les connais depuis de nombreuses années, ils me font confiance. Ça les rassurait aussi que leur parole soit intégrée dans une perspective historique. Je leur ai promis un ton sobre: ils viennent comme des grands témoins ou des experts.

Pourquoi n’y a-t-il aucune femme interviewée?

De fait, c’est un milieu masculin et machiste, comme partout dans le monde. A leur côté, les femmes ont surtout des rôles de prostituées…  Dans mon documentaire, une seule femme s’exprime: elle possédait des studios qu’elle louait à des prostituées. Mais c’est une exception: elle est du milieu, mais ce n’est pas un voyou.

Pourquoi affirmez-vous que les bandits ressemblent à la société?

Ils s’y adaptent, des vêtements jusqu’à la mentalité. Le voyou ne veut pas révolutionner la société puisqu’il en vit.  Il ressemble à ces oiseaux qui se nourrissent des parasites sur dos d’un éléphant. Il s’adapte car c’est un opportuniste en diable, à l’affût des nouvelles technologies et des failles économiques. Ils font toujours de la veille: quand la voiture arrive au début du XXe siècle, ils l’utilisent. Puis le téléphone portable. Aujourd’hui, le «go-fast», c’est l’addition des deux. Pour être un bon voyou, il faut être un bon observateur et être capable d’abandonner son créneau du jour au lendemain pour en exploiter un autre.

Le documentaire donne une image terrible des prisons…

La prison, c’est l’école du crime, c’est vrai. Les bandits comparent leurs erreurs, apprennent de celles des autres. On rencontre le voyou de son quartier, puis ceux de sa ville, puis du pays entier. La prison, c’est un formidable endroit pour se faire des affinités.

Pourquoi, à chaque témoignage, affichez-vous le nombre d’années passées en détention?

Pour garder à l’esprit que le parcours d’un bandit est semé d’embuches. Si tu veux être voyou, soit prêt à vivre une vie d’angoisse, de peur et de prison.

Ne craignez-vous pas de montrer une image romantique du bandit?

C’aurait été gênant. Etre proxénète, vendre de l’héroïne… Les témoins ne racontent pas que des choses angéliques. C’est un monde dangereux et violent. Certes, ces types peuvent être humainement sympathiques, mais je fais appel à l’intelligence du spectateur.

Avez-vous eu l’impression de raconter un monde en voie de disparition?

Oui, il disparait au fur et à mesure, mais il est remplacé par autre chose. Cela dit, c’est juste l’enveloppe qui a changé. Le voyou vient des couches pauvres de la société. Aujourd’hui, ces couches sont dans les cités. Les bandits ne sont plus issus de Belleville, mais de la grande banlieue. C’est peut-être moins folklorique. On ne porte plus de costard et les Porsche Cayenne ont remplacé les tractions avant. Mais ça reste la même chose.

* La série documentaire est diffusée les jeudi 17 et 24 novembre à 20h40 sur Planète +. Un beau livre intitulé Caïds Story, écrit par Jérôme Pierrat, est également publié aux éditions de La manufacture du livre.

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