Mouammar Kadhafi est mort le 20 octobre 2011 à Syrte. Cette photo a été prise avec un téléphone portable.
Mouammar Kadhafi est mort le 20 octobre 2011 à Syrte. Cette photo a été prise avec un téléphone portable. - PHILIPPE DESMAZES/AFP

Est-ce Kadhafi sur ce cliché d'un cadavre ensanglanté? Et faut-il montrer cette image d'une rare violence dans les médias? Autant de questions qui ont agité les rédactions ce jeudi 20 octobre, à l'annonce de la mort de Mouammar Kadhafi.

A la première question, Eric Baradat, rédacteur en chef du service photo de l’AFP, est sûr de lui: «Nous n’avons plus aucun doute sur l’authenticité de la photo.» L’Agence France Presse s’est retrouvée en possession d’une photo d’abord dite «présumée» de Kadhafi ensanglanté. «Mais nous avons vérifié et c’est Philippe Desmazes, photographe de l’AFP depuis 20 ans, qui a récupéré la photo. Ce n’est pas un collaborateur ponctuel mais un de nos photographes de longue date en qui nous avons toute confiance. Il est envoyé spécial en Libye depuis des semaines, et il a rencontré ce jeudi des combattants du CNT. L’un d’eux a montré son téléphone portable, et c’est Philippe qui a pris le téléphone en photo».

«Je couvrais la chute de Syrte et j’ai entendu des coups de feux un peu plus à l'Ouest», a confié le photographe à son rédacteur en chef. «Des rebelles ont expliqué que les hommes de Kadhafi avaient tenté une sortie qu’il y avait eu des combats. Mais quand je suis arrivé sur les lieux, c’était des célébrations. J’ai remarqué des combattants avec un téléphone, je leur ai parlé, ils m’ont montré le film» a-t-il expliqué à Eric Baradat, qui a rapporté les propos à 20Minutes.

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Et si les images ont l'air de provenir d'un caméscope, il s'agissait bien d'un gros smartphone, qui s’ouvre pour servir de caméra. «Nous avons pris soin de garder le cadre pour montrer qu’il s’agit d’une photo d’une vidéo», souligne Eric Barradat. La vidéo est ci-dessous.

La photo de Kadhafi, prise sur le vif, choquante, est donc due à un combattant du CNT. «Sur des événements spontanés, comme les combats de Syrte et la capture de Kadhafi, les premiers photographes sont de plus en plus des amateurs ou des passants qui se servent de leur téléphone portable», explique Eric Baradat. «Ce genre d’outils intervient bien sûr de plus en plus dans notre travail».La pendaison de Saddam Hussein est un précédent. Une vidéo avait été enregistrée avec un téléphone portable. Les images avaient été diffusées sur internet dès le samedi 30 décembre 2006, jour de l'exécution.

Violence et information

La violence des images n'a pas dissuadé l'Agence de les publier. «C’est effectivement ultra violent, à la limite du soutenable», juge Eric Baradat. «Mais c'est notre travail de faire la part des choses entre l’information véhiculée et la violence qu'elle implique. Sans cette image personne n’aurait cru au décès de Mouamar Kadhafi. L'intérêt de l'information surpasse la violence de l'image». 

 

 

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