Dans l'Enfer de la Syrie, de Sofia Amara
Dans l'Enfer de la Syrie, de Sofia Amara - Arte

Les journalistes n'entrent pas en Syrie. Et « qui s'y montre avec une caméra s'attire de graves difficultés », explique Sofia Amara. Cette reporter indépendante a pourtant passé la frontière et filmé, grâce à des contacts sur place, «la terreur» du régime. Depuis, certains protagonistes de Syrie, dans l'enfer d'une répression, produit par Magneto Presse, ont été arrêtés.

Comment est né ce docu ?
Je fais des films sur le Proche-Orient, alors comment ne pas m'intéresser à la Syrie, où le régime terrorise la population depuis quarante ans? Restait à entrer. Je l'ai fait avec un visa touriste, le fait d'avoir une tête arabe a aidé. Jusqu'au départ, j'ai eu de grosses angoisses. Là-bas, ils tirent sur tout ce qui filme.

Etiez-vous inquiète pour vos contacts durant le tournage?
Evidemment. Une des choses qui m'a le plus marquée, c'est que les gens ne peuvent parler à visage découvert, ce film est le plus souvent sans images. Comme si en Syrie, on ne pouvait montrer que des morts. Ces gens n'ont même plus le droit à une identité.

Pourtant, certains se sont postés devant votre caméra !
Oui. Un homme qui a passé dix-sept ans en prison et a été torturé à diverses reprises, a absolument voulu parler à visage découvert. Je ne sais si les sbires du pouvoir regardent Arte, mais j'ai beaucoup hésité. En fait, son désir de justice est plus fort que son désir de vie. Pareil pour une mère dont le régime a tué le mari et les trois enfants. Elle dit, parlant de Bachar el-Assad: « Je ne veux pas cacher mon visage je n'ai pas peur de lui. »

Ils pensent que la télé française peut les aider ?

Au milieu d'une manifestation que je filmais, la foule s'est mise tout à coup à scander «Merci la chaîne française!». Pourtant, je ne suis ni activiste ni une ONG. Je suis simplement une journaliste. Mais ils sont tellement outrés de voir une telle désinformation sur les télés syriennes qu'ils s'accrochent à un rien, donc à ce film qui n'est qu'une goutte d'eau. C'est terrible.

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